Une nuit à Reykjavík, de Brina Svit

Clément Solym - 12.12.2011

Livre - Reyjavik - Roman - Gallimard


Lisbeth Sorel occupe un poste important dans une grande compagnie aérienne. Elle en a tous les attributs. Un zeste de suffisance. Une larme de mépris pour ses collaborateurs(rices). Un emploi du temps chargé. Des voyages fréquents aux quatre coins du monde. Pas le temps d'avoir un mari et encore moins des enfants. Et donc quelques amants plus ou moins réguliers.

 

Orpheline, elle a accueilli chez elle sa jeune sœur un peu bohème, vaguement artiste, complètement photographe. Avec laquelle les relations ne sont pas toujours simples car trop différentes l'une de l'autre. Et la petite Lucie n'est pas du genre à accepter longtemps que sa sœur soit aussi son père et sa mère, même si le confort matériel que Lisbeth met à sa disposition a pu parfois lui laisser la liberté de vivre sa passion.

 

Reykjavik est la destination improbable choisie par Lisbeth pour donner rendez vous à Edouardo Ros (mail : eros@argentina.com !!!…).

 

Edouardo, elle l'a rencontré furtivement à Buenos Aires où elle avait rejoint sa copine Sylvia qui y fait régulièrement des incursions pour s'adonner à sa dernière passion : le tango. Dans les bras d'un bel argentin, Edouardo.

 

Pas particulièrement attirée par la danse, Lisbeth n'en a pas moins jaugé Edouardo qui gagne sa vie en faisant danser les belles étrangères riches. Et peut être autre chose.

 

Avec la promesse d'une enveloppe contenant dix billets de cinq cent euros, elle a enjoint Edouardo de venir la retrouver à Reykjavik (« - Un nouvel hôtel en ville ? » « - Mais non, la capitale de l'Islande. ») pour une nuit. Et là, Lisbeth attend Edouardo à la descente de l'avion.

 

A petites touches, Brina SVIT nous entraîne dans une rencontre entre deux êtres inconnus l'un pour l'autre, dans une relation tarifée où l'un devrait diriger et l'autre se soumettre, dans une longue nuit bancale où la noirceur du ciel qui s'abat trop tôt sur le milieu de l'après midi, assombrit les échanges, multiplie les malentendus, exacerbe les incompréhensions mutuelles, dilapide les quelques heures qui leur sont disponibles dans des propos faux, dans des conversations où rien n'est comme il devrait être.

 

Avec quelques flashes back permettant progressivement d'en dresser le portrait, Brina Svit a choisi une longue nuit pour amener Lisbeth à la lumière.

 

Si vous souhaiter faire du tourisme en Islande, voir des volcans glacés, des fjords sauvages ou des geysers actifs, passez votre chemin. Les quelques rues du centre de la capitale ne sont qu'un lieu de passage ou d'errance avant de revenir dans cette chambre d'hôtel où les protagonistes se mettent à nu, au propre et au figuré, dans un huis clos intimiste, sombre, haché, pour une rencontre gâchée et pourtant réussie.

 

Une sorte de psychanalyse arrachée au forceps. Un épanchement dans la douleur. La rédemption dans la parole pour expliquer toutes les incompréhensions passées, pour justifier un coup de tête impossible à assumer, pour libérer l'âme comme un barrage qui éclate en mille morceaux. 

C'est bien écrit, efficace, sensible et humain.


On entre dans ce livre rapidement, intrigué par cette femme capable de claquer un énorme paquet de fric pour se payer un mec, une nuit. Puis vaguement agacé par ces dérapages verbaux incontrôlés aboutissant immanquablement à des dialogues de sourds. Au bout du compte, complètement séduit par ces personnages tellement torturés et tellement humains.


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