Une odeur de havane, Jean-Marie de Morant

Clément Solym - 11.02.2010

Livre - odeur - havane - Jean


Il plane comme une vague histoire de carnage pas clair, aux environs de la forêt de Marly… Quand une jeune femme est découverte après ce que l’on peut qualifier de viol, puis de meurtre, bien vilain, y’a pas, quelque chose de pourri macère dans la région. Surtout que, la belle (plutôt très mignonne, même) avait un poste important pour la banque Euro-Libanaise, proche du patron… Alors oui, Juliette Garcin morte, une capote encore pleine pas loin, ça invite à la réflexion.

Mais Joachim Kenner n’en a cure : limogé et sacrifié sur l’autel de la politique politichienne et pour cause, un nouveau petit chef vient de prendre ses quartiers et dans la police, on déguste cet amer brouet de licenciements qu’il leur sert. C’est la trouille, la méfiance, l’angoisse. Heureusement, le bon Lucien Burgrave est là, et confie à Joachim d’enquêter sur cette mort qui dissimule bien autre chose que ce que les apparences ne laissent apercevoir.

Un amant, une femme journaliste qui disparaît soudainement, une confidente louche, un Moyen-Orient sous tension et des activistes disposés à entrer plus vite au paradis pour passer directement par la case empocher les 70 et quelques vierges, vivez éternellement et tout le toutim… Les dés de l’enquête sont jetés… Double six coups, qui dit mieux ?

Jean-Marie de Morant n’a pas abreuvé la littérature française de ces dernières années, puisque l’on n’avait rien lu de lui depuis 12 ans. Marrant, on pourrait presque dire qu’il a servi son premier livre dans les débuts du septennat de Chirac et qu’il aura attendu un nouveau président pour envoyer le suivant.

Mais question polar, il connaît les ficelles, le déroulement d’une intrigue et ce qu’il faut pour que l’enquête piétine et nous avec, avant de nous asséner d’un coup de bambou les révélations qui feront le jour sur une affaire pas bien propre. Des gros sous, des terroristes, de l’adultère, de la politique, de l’espionnage : il a mis tout ce qu’il trouvait dans ce livre pour le truffer et rebondir à tout moment sur l’un des différents aspects.

Alors, ouais, niveau technique, ça gère. Plutôt pas mal. Si on ne connaît pas le bonhomme, on a même l’impression qu’il est rodé à l’exercice du polar, avec un écheveau et hop, on brode sur le thème. Ce qui donnerait lieu à un bouquin un peu rigide dans sa structure, fruit d‘une habitude d‘en pondre, mais bien tourné. Et assez efficace.

Comme il n’en est rien, le livre reste bien tourné, mais conserve aussi cette carcasse qui le comprime et l’empêche de respirer. Si le bouquin est implacable, effectivement, c’est avant tout parce qu’il ne semble pas vivant et que l’affaire s’enchaîne avec des révélations qui s’assènent plus qu’elles ne s’introduisent. Boum, boum, boum… Et si on rajoute tchic, tchic, entre-deux, ça donne un petit rythme techno tout à fait classique.

Comprenons-nous bien : que l’on retrouve un schéma standard chez San Antonio, c’est normal : c’est même pour cela qu’on l’achète. Mais ça ne le prive pas d’un peu de fantaisie, de choses inattendues… d’un peu de vie. Dans cette odeur de havane, on peine à respirer. Probablement à cause de la fumée.

Pas un mauvais livre, hein. Juste un peu à l'étraoit dans son bustier. Allons, faut qu’ça respire tout ça !



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