Une super triste histoire d'amour - super, super triste

Florent D. - 05.03.2013

Livre - Gary Shteyngart - histoire d'amour - triste


Après Absurdistan, Gary Shteyngart livre un roman brillant, mais autosatisfait, verbeux et boursouflé. On a envie d'aimer le dernier né de Gary Shteyngart : avec son titre génial et évocateur, sa forme ludique, l'intégration des courriels et des réseaux sociaux, son héros drolatique et allenien, Super Triste Histoire d'Amour est un livre attirant et original, osé dans sa forme, mais aussi assez redondant et tellement corseté qu'il n'est finalement que très peu émouvant. 

 

Les tribulations de Lenny Abramov commencent pourtant bien : il est à Rome, désespéré et lubrique, lorsqu'il fait connaissance de la belle Eunice Park, qui met à rude épreuve sa santé mentale déjà bien érodée par un imbroglio lié à l'ambassade américaine. A la logorrhée verbale d'Abramov s'ajoutent les extraits de son journal intime, et les messages issus du compte  GlobAdos (une sorte d'avatar de Facebook) d'Eunice Park.

 

Si les intentions de Shteyngart sont transparentes (coller à l'émergence des nouvelles technologies, permettre plusieurs points de vue autour de l'histoire d'amour naissante), l'écriture est elle tout sauf limpide, alourdie par une plume qui abuse de sa virtuosité et par une construction bancale, avec trop de méta-texte alors que l'histoire d'amour est finalement traitée de manière très superficielle, au profit d'une analyse très peu convaincante de l'Amérique d'aujourd'hui, hypocrite et sécuritaire.

 

De même, le fonds futuriste de l'intrigue (Abramov aide à l' « extension indéfinie de la vie », un projet eugéniste destiné à dénicher des ICPE « individus à capitaux propres élevés »), est assez pataud, tout comme l'analogie entre les « apparats » qui ont remplacé tous les livres, et les tablettes numériques.

 

Un roman trop maîtrisé

 

C'est d'autant plus frustrant que Shteyngart sait toujours faire mouche avec sa prose souffreteuse et hilarante, hypocondriaque et parano : « Je hais le 4 juillet. La ménopause prématurée de l'été. » (p.220). Il sait manier son héros, cette quasi-personnification de lui-même, son mal-être, mais il peine à incarner sa dulcinée Eunice.

 

 

Gary Shteyngart

Gary Shteyngart

Mark Coggins (CC BY 2.0)

 

 

Tous les personnages de Shteyngart sont réduits à des avatars, ce sont des prétextes à la verve d'Abramov, et ne sont pas plus fouillés que leurs profils sur les réseaux sociaux. La satire dont fait preuve le roman empêche l'empathie et le procédé, s'il était comique dans Absurdistan, lasse sérieusement sur la longueur.

 

Enhardi par son idée futuristico-romantique, romancier sans complexe et sûr de son talent, Shteyngart déçoit avec ce roman dont l'ambition formelle tue ce qui pourrait précisément faire son charme. Cette histoire-là est peut-être super, mais elle n'est pas vraiment triste et certainement pas d'amour.




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