Une visite surprise : Soulac, sa plage, son air pur, ses pins, son café et Paulin, père traqué

Cécile Pellerin - 12.07.2013

Livre - paternité - Soulac - bord de mer


Claudie Pernusch est plus connue sous le nom de Sandrine Pernusch, auteur de livres pour la jeunesse, certains traduits dans plusieurs langues. Ici, elle délivre un roman plutôt sympathique, assez chaleureux, pour lecteurs de tous âges, ados compris. Une comédie douce-amère soutenue par un style enjoué, une écriture fluide, facile et plaisante à lire, idéale pour des vacances. Sans  autre prétention, d'ailleurs.

 

Paulin le narrateur, la quarantaine passée, vit seul à Soulac, petite commune balnéaire de Gironde. Ancien prof de maths en banlieue parisienne, il a démissionné et aujourd'hui potier, tient une petite boutique. Une vie tranquille, ordinaire, qu'il partage en alternance avec sa nouvelle compagne,  Léna, préparatrice en pharmacie à Bordeaux et son ami d'enfance, Bruno, le cafetier du coin.

 

Jusqu'au jour où il reçoit une lettre de Louise, qui lui apprend qu'il est sans doute le père de sa fille Hermine, 9 ans déjà. Un test de paternité confirme bien cette annonce mais Paulin n'est pas vraiment décidé à bouleverser son existence pour une gamine qu'il ne connait pas et n'a surtout pas envie de rencontrer. « Le test est positif. Mon désespoir gagne les murs, le plancher, le comptoir. Bruno me sert un cognac. » Il fuit, autant qu'il peut, l'insistance de son ex. qui prétend que Mine (sa fille) désire rencontrer son père. De plus, Lena, trente-cinq ans, ne veut pas d'enfant et le couple qu'ils forment est si harmonieux que rien ni personne ne doivent pouvoir le tourmenter ou l'ébranler. Aussi Mine est-elle inopportune dans son existence. Complètement déplacée. « Depuis que « ça » a osé perturber le cours épanoui de mon existence, je vis comme une bête traquée. »

 

Pourtant,  malgré de nombreuses précautions (liste rouge, suppression de la ligne fixe de son magasin, proposition de payer une pension à la mère…), la fillette s'accroche, finit même par aménager dans la même ville que Paulin, partager la même école que la nièce de son ami Bruno. Elle est alors incontournable et met à mal l'équilibre du père malgré lui.

 

Affronter la réalité devient vite une obligation qu'il saura résoudre, sans surprise ni grand bouleversement. Et tout finira bien, cela est pressenti dès les premières pages du roman, dans le respect des convenances.

 

Bref, un court roman assez léger, aux effets attendus (« des larmes enfantines coulent dans mes oreilles, de l'eau fraîche, innocente, émouvante. Je suis ému. »), parfois agaçants, notamment lorsque l'excès de bons sentiments étouffe le récit, sature le rythme et provoque l'ennui, le détachement. « Je voudrais comprendre ma respiration entrecoupée, ce nœud coulant sur ma gorge, mon sang affolé, ma résistance effritée […] L'enfant et moi sommes devenus une même force, une puissance bicéphale unie par un nœud prodigieux, comme si une bourrasque invisible l'avait rendu indénouable, une bourrasque plus forte que moi, que nous, que tout […] Envie de chialer, je ne peux plus me retenir, Mine souffle dans mon cou « papa, papa ».

 

Néanmoins, il faut reconnaître à l'auteur, le charme du cadre qu'elle décrit avec bonheur et sensibilité. Soulac est  sans doute la véritable héroïne de ce livre, aimée du narrateur et des lecteurs, que chacun parcourt avec intérêt et envie. Une ville à ressentir, vibrante et attachante, belle et chaleureuse. « Soulac, c'est le paradis ! L'air pur, la plage, les algues, la bonne bouffe, les balades la nuit sans se faire insulter, agresser […] Le vieux Soulac, de notre enfance, où, malgré le trafic estival, l'air continue d'embaumer les pins, la menthe, la résine et le sable. »