Vendetta de R.J. Ellory

Clément Solym - 24.01.2011

Livre - vendetta - nouvelle - orleans


À travers la destinée incroyable d’Ernesto Pérez, c’est 50 ans de l’histoire de la Mafia aux États-Unis (de La Nouvelle-Orléans à New York en passant par Los Angeles), qui se déroulent sur près de 800 pages. Roman-fleuve, captivant, extrêmement bien renseigné, précis qui décrit, étape après étape, initiation après initiation, la lente ascension d’un jeune cubain pauvre et malmené par la vie, au sein d’une organisation criminelle puissante, d’une famille : «Cosa nostra».

Ou comment, progressivement, l’engrenage se met en route, vous enserre et jamais ne vous libère. D’assassinat en assassinat, de violence en lutte perpétuelle pour conserver pouvoir, influence et territoire, le combat est acharné et sans relâche. Aucune concession, aucune pause ne sont jamais accordées : impossible d’abandonner la «Famille» ; elle étreint, oppresse, attache.

C’est ce récit qu’Ernesto livre à Hartman, enquêteur à la sous-commission judiciaire sur le crime organisé, chaque jour, pendant près d’une semaine avec la promesse, qu’une fois le récit achevé, il révélera l’endroit où est détenue captive, Catherine Ducan, la fille du gouverneur de Louisiane, enlevée quelques jours plus tôt.

Ainsi, Pérez égrène quotidiennement, avec une parcimonie composée, mais palpitante, son histoire de tueur à gages professionnel pour le compte de la Mafia. De son 1er crime à l’âge de 17 ans, du meurtre de son père, ou de quelques autres assassinats ignobles, presque insoutenables à la lecture, il ne nous épargne rien de ses contrats, toujours remplis. Son absence totale d’états d’âme, de regrets fait de lui un monstre froid, inhumain et pourtant ce vieil homme qui raconte sa vie est profondément pathétique, presque touchant.

Au fil des pages, la condamnation de Pérez, si évidente et justifiée au départ, trouble peu à peu le lecteur. On se surprend même à espérer qu’il échappe au FBI (présenté comme inefficace, sans finesse), tant sa vivacité impressionne et force presque le respect ; alors qu’il n’est, objectivement, qu’un criminel violent, dangereux et abject. Si Pérez ne justifie jamais l’organisation en tant que telle, il démontre avec habileté que la société même, par son incapacité à aider le citoyen seul et pauvre, le pousse finalement vers ce genre d’organisation, symbole de repères et de reconnaissance pour un être laissé pour compte. Et là, l’inacceptable, fatalement, trouve presque son excuse.


De ce récit va naître également une relation particulière entre Pérez et Hartmann, un lien douloureux, fort et respectueux. Ce fonctionnaire de police est le personnage attachant du roman. Il souffre, se débat avec l’alcool et une loyauté à son travail qui dessert sa famille et le mine amèrement. Le lecteur l’accompagne dans ses tiraillements, voudrait pouvoir convaincre sa femme et sa fille que c’est un type bien et qu’il a droit au bonheur familial.

Cet échange va nous tenir en haleine jusqu’aux dernières pages et s’achever avec un brio époustouflant et déconcertant. De plus, conçu comme un témoignage hyperréaliste (le récit est ponctué, par exemple, de références à Al Capone, Frank Nitti, Lucky Luciano ou Bansky), le roman séduit aussi par son aspect authentique et documenté.

Une lecture éprouvante, mais ô combien passionnante et haletante où l’impunité de la mafia inquiète et effraie réellement : sueurs froides garanties !


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