Victor vient de mourir : « Le combat du jour et de la nuit »

Félicia-France Doumayrenc - 27.10.2015

Livre - Victor Hugo - combat jour nuit - mort romancier


Peu de romanciers ont le courage de se lancer dans une « revie ». Cet exercice dépasse la biographie, puisque l’auteur vit dans le temps de celui qu’il décrit et imagine en se fondant sur des réalités, une fiction qui touche à la vie passée. C’est ce qu’a fait, avec brio, Judith Perrignon, dans Victor Hugo vient de mourir.

 

 

 

En effet, son ouvrage nous livre tout d’abord de manière poignante les derniers jours de la vie de Victor Hugo, en nous faisant entrer dans l’intimité de la chambre du mourant. Nous sommes saisis, assistant à cette scène et espérant un miracle, comme si Hugo ne pouvait pas mourir et Judith Perrignon lui fait alors dire que depuis « deux jours l’agonie est officielle » et que Gragnon, le préfet de police rédige, chaque soir, son rapport sur la mourance du poète.

 

« Que c’est long, murmure le malade aux paupières humides. »

 

« Victor Hugo vient de mourir. » Ce sont les derniers mots du rapport de police écrit à 13 h 20, le 22 mai 1885. Cette mort qui sonne comme une délivrance pour lui, anéantit ses proches et laisse la France entière démunie.

 

L’écrivaine nous décrit, ensuite, les jours qui suivent sa mort et qui sont comme une espèce de Bataille d’Hernani. Son décès déclenche une sorte de séisme. L’organisation des obsèques est houleuse et soulève débats et polémiques fracassants et déplacés. Tous se disputent le cadavre de Victor Hugo qui a bien précisé ne pas vouloir passer par l’église, ni recevoir les saints sacrements. Bien qu’il croie en Dieu, il refuse toutes les religions. Sa dernière volonté est signifiante et amène à la séparation de l’Église et de l’État.

 

Il faut dix jours pour organiser ses funérailles nationales, chacun se disputant le cadavre.

Judith Perrignon nous plonge, au cœur de ces journées de folie, et se mettant dans les pensées de Lockroy, nouveau mari d’Alice Hugo, elle écrit : « On va rassembler tout le monde derrière Hugo, dresser tant de couronnes, de discours, de lauriers, qu’il étouffera sous l’hommage. On va enterrer le songe avec le songeur. »

 

Lockroy tente, vainement, de s’opposer aux autorités. Mais le corps de Victor Hugo n’appartient plus à la famille effondrée, celle qui reste (Léopoldine s’étant noyée, Adèle étant dans un asile) ses deux petits enfants Georges et Jeanne, sa fille Alice, mais à la nation.

 

« Comme c’est long de la mort aux funérailles. »

 

Monument to Victor Hugo

Christopher Brown, CC BY 2.0

 

 

La foule se presse devant la maison du poète. Le peuple est présent, atterré par cette mort, malheureux. Ils ont perdu leur père. Ils souhaitent un enterrement le dimanche. Le gouvernement, craignant une révolution, refusera. Victor Hugo sera, donc, inhumé le lundi 22 mai 1885 lors de funérailles nationales. Les théâtres sont fermés, de nombreux magasins gardent leur rideau baissé. Mais, la Troisième République a gagné, refusant de faire de ce lundi un jour férié. Le jour des obsèques :

 

« (…) les habitudes reprennent parmi la foule, on entend crier “Vive Victor Hugo!” La mort ne serait donc pas de la cérémonie. »

 

Judith Perrignon nous livre un roman traversé par divers personnages, mais rend, surtout, avec justesse la fin de Victor Hugo et met fin au mythe des prostitués qui ne se seraient pas fait payer le jour de l’enterrement. Fable historique et moderne, remarquablement bien écrite, nous sommes à la fois tous les personnages et comme par magie, grâce au talent, de l’auteure au chevet d’un Hugo mourant, et participant actif de ses funérailles.

 

C’est un livre incontournable pour les passionnés de Victor Hugo, mais, aussi, qui peut donner envie à beaucoup d’autres de pénétrer dans cette œuvre majeure de la littérature. Judith Perrignon a dédié le livre à son père et ses dernières lignes lui sont consacrées. L’a-t-elle perdu ? Il y a derrière ses mots un hommage bien évidemment à Victor Hugo, mais aussi au propre père de la romancière. Ce livre est bouleversant et ne peut laisser personne insensible. Un grand roman sur un grand homme.


Pour approfondir

Editeur : Iconoclaste
Genre : litterature...
Total pages : 256
Traducteur :
ISBN : 9782913366916

Victor Hugo vient de mourir

de Judith Perrignon

« La nouvelle court les rues, les pas de porte et les métiers, on entend l’autre dire qu’il est mort, le poète. Vient alors cette étrange collision des mots et de la vie, qui produit du silence puis des gestes ralentis au travail. L’homme qui leur a tendu un miroir n’est plus là. Tout s’amplifie, tout s’accélère. On dirait qu’en mourant, qu’en glissant vers l’abîme, il creuse un grand trou et y aspire son temps, sa ville… » La mort de Victor Hugo puis les funérailles d’Etat qui s’annoncent déclenchent une véritable bataille. Paris est pris de fièvre. D’un évènement historique naît

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