Vie et mort en quatre rimes, Amos Oz

Clément Solym - 20.06.2008

Livre - vie - mort - quatre


Certains auteurs vous diront qu’ils ne vivent que pour les tournées qui les portent à la rencontre du lecteur. Et ils manifestent un enthousiasme amusé aux questions cycliques que ces réunions apportent. Mais si jamais vous en croisez un au regard légèrement absent, voire ailleurs pour de bon, qui donne l’impression de faire sa liste de course entre deux interventions, alors vous avez rencontré Amos Oz. Ou lu son dernier livre : ‘Vie et mort en quatre rimes’ titre qui serait un emprunt au poète Tefania Beit-Ha’Lachmi.

À l’occasion d’une réunion mensuelle de lecteurs, un écrivain débarque donc au beau milieu de fidèles, amateurs ou non de ses livres, pour écouter une lecture, des commentaires savants et doctoraux, et la traditionnelle séance de questions et réponses. Mais là, l’auteur n’a pas la tête à se fixer sur les événements. Il inventorie dans le détail la vie de ses interlocuteurs, imaginant un passé, des anecdotes, un environnement.

Tout cela est bel et bon, certes. C’est d’ailleurs une qualité propre aux auteurs que d’avoir de l’imagination et d’en user pour développer des livres. Car dès lors, on navigue dès lors dans le fantasme léger, la rêverie sociale qui parcourt des existences, les dresse, les dessine, les façonne un peu à l’envi. Bel et bon. Oui, d’autant que les tableaux et portraits sont plutôt convaincants, dans leur exploration de l’intimité, certains même ressemblent à des gens authentiques. L’exercice est plaisant, en bref.

Des pérégrinations qui se poursuivent avec la jeune femme qui a lu les extraits du dernier livre de l’auteur au cours de la réunion mensuelle. Des pérégrinations érotiques, bien évidemment. Toute une sexualité, un jeu de séduction, pour parvenir à la conquérir, entrer chez elle, lutter contre son chat hyper protecteur et jaloux… jusqu’à l’échec cuisant d’un trouble de l’érection fort malvenu. Mais connu de longue date et fort embarassant. Plaisant, et amusant.

Mais on s’égare un peu. On est baladé d’une vie à une autre, d’une rêverie à la suivante, jonglant entre délire et réalité, sans vraiment savoir où l’on se situe, au point que la liste des personnages principaux en fin d’ouvrage devient franchement essentielle. Extrêmement drôle, pour le coup, mais elle aide beaucoup. Et plus encore si l’on a la mémoire d’un poisson rouge. D’autant que cette profusion n’a rien de déstabilisant, pas plus qu’elle ne perd le lecteur ; simplement, il manque une certaine délimitation dans l’ensemble du texte. Et c'est bien sûr volontaire.

Car, il se dégage du texte, une magie de l'écriture, une sorte de flânerie intérieure, celle de la part immense de la création : l'imaginaire. Tout ce qui pousse l'homme à inventer son univers, à modeler le monde autour de lui et à le rendre meilleur, différent. Toute cette recréation, finalement très démiurgique, participe d'un récit qui se nourrit des hommes et les offre non en pâture, mais comme source permanente d'écriture. Comme si la vie des hommes n’avait jamais mieux servi la cause des écrivains.

À découvrir, selon ses goûts. Quant à la traduction de Sylvie Cohen, pour un exercice d'ordinaire déjà périlleux, elle a su rendre une langue assez concise et parfois sèche, peu encline à l'emphase.

Amos s’était rappelé à la mémoire du public en France peu avant le dernier Salon du livre de Paris, pour condamner les appels au boycott lancés par des auteurs arabes contre l’invité d’honneur, Israël.



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