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Vie imaginaire de Lautréamont, Camille Brunel

Clément Solym - 30.08.2011

Livre - vie - imaginaire - lautreamont


Sans connaître précisément l’écrivain Isidore Ducasse (comte de Lautréamont), sans jamais avoir lu intégralement « les chants de Maldoror », c’était sans doute une gageure d’ouvrir les pages de ce récit. Par simple curiosité, avec l’innocence de l’inculte et l’attrait particulier du mythe de l’écrivain à la vie brève plutôt que l’œuvre en soi, ce texte pouvait bien éveiller un désir de lecture. Ce fut le cas.

Lecture à plusieurs niveaux sans doute à laquelle le point de vue ci-dessous ne répond assurément pas. Il se fait juste l’écho d’une émotion, ne cherche jamais à dissocier une réalité (ignorée d’ailleurs) d’un imaginaire poétique, tout en images ; n’est pas à l’affût non plus des citations empruntées aux « chants » car dans ce texte, tout est lié avec tant de grâce que le lecteur non averti que je suis, ne se sent jamais démuni.

Ce n’est certes pas une lecture érudite mais une lecture-plaisir et immédiate, permise ainsi au non-initié. Preuve que l’on peut aimer un livre sans bien connaître le sujet et se laisser entraîner peut être ensuite vers un texte plus difficile et moins immédiat : celui des « chants de Maldoror ».

En fait, sous formes de scènes chronologiques ce livre raconte la vie fulgurante (Lautréamont meurt à l’âge de 24 ans), toute empreinte de mystère, d’un jeune homme du XIXème siècle. Une enfance à Montevideo où l’absence de la mère, le contexte historique et l’autorité rigoureuse du père enveloppent un être effrayé, sous-tendent une violence constante que même Mana (la nourrice) ne saurait calmer. « Mana, promets-moi que papa ne me donnera jamais aux chiens pour que je le laisse lire tranquillement ».

La mort rôde, oppressante et immonde sous forme d’épidémie (vomito negro), image cauchemardesque pour un enfant déjà inquiet. Aussi le voyage qu’il entreprend vers la France en 1859, séparé du père et de l’horreur devient « bonheur éternel ». Le lycée de Tarbes puis celui de Pau éveillent son désir d’écrire et la difficulté pour y parvenir. Même éloignée, la figure du père continue d’oppresser et de fragiliser une personnalité en construction.

Plus tard, il rejoindra Paris et l’auteur, avec exaltation et poésie, se fait l’écho des rencontres formidables avec Verlaine, d’expériences amoureuses variées et libératrices ; traduit avec émotion la quête désespérée et destructrice de Lautréamont, ses souffrances intimes, ses doutes permanents sur son art. Puis les images de mort se dessinent de plus en plus ; l’effondrement du Second Empire et les ravages de la guerre offrent une vision apocalyptique de Paris.

« De jeunes adultes, morts étonnés. La fumée des canons fait tousser, la toux racle la gorge car la poussière est épaisse. La toux explose, le garçon s’effondre, ses camarades aussi, un mortier éclate et disloque les cadavres. » Isidore Ducasse se prépare à mourir. Dans des conditions exécrables, de douleur et d’horreur. « Il serait suffisamment affamé pour ingurgiter un rat ». Dans la solitude aussi. D’une angine.

Un texte tout en images, qui oscille entre rêveries et réalité ; une écriture foisonnante et brillante, parfois déstabilisante qui traduit toute l’érudition du texte. Malgré tout, l’émotion passe.

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