Vies d'Andy, de Philippe Lafitte

Clément Solym - 02.09.2010

Livre - andy - warhol - operation


L'homme qui prédit à l'humanité ses quinze minutes de gloire personnalisées, l'illustre Andy Warhol, cet angoissé du milieu hospitalier et diva du pop-art, n'est pas mort après son opération de la vésicule biliaire. Cela, on le raconte dans l'histoire officielle, mes loulous : la vérité, c'est que Warhol ne meurt pas. Malgré la tentative d'assassinat de Valérie – qui lui avait remis un manuscrit que l'artiste méprisera – Andy échappe à la mort. Ou du moins, se met en scène une mort médiatique, qui lui permet de se débarrasser de Manhattan, La Factory, de tout ce milieu qui l'avait rendu creux.

Et après quelques lourdes retouches cosmétiques, Andy Warhol devient Sandy Vazhoda. Nous sommes en février 1987 : le monde apprendra sous peu que l'artiste touche-à-tout est décédé, tandis que Sandy, cette femme nouvellement née va profiter de cette vie qui s'offre. Grâce à Julian, son assistant et quelques arrangements comptables autant que juridique, elle pourra puiser dans la fortune d'Andy, mais ne sera plus jamais lui. Départ direction Paris, un grand hôtel, du luxe, mais surtout des cachets pour faire oublier la douleur « d'en bas » et de l'alcool pour remplir au moins de liquide le vide immense qui l'accable.

En troquant complètement Andy pou Sandy, qu'a-t-elle gagné ? Elle erre, en attente de médicaments. Elle traîne, sans savoir que faire de sa vie. De cette nouvelle vie. Jusqu'à rencontrer Valérie, activiste communiste, décidée à retrouver la piste d'Andy, qu'elle ne parvient pas à croire mort. Elle a remonté jusqu'en France, mais là, Paris est trop vaste. Elles tombent l'une sur l'autre, presque par hasard, et sympathisent. Elles se mentent l'une à l'autre sur leur identité – Sandy plus que jamais – et décident de se revoir.

Sandy, radine, qui tient la comptabilité dans son journal des verres qu'elle paye, tandis que la complicité malgré elle se fait. Et vient la révélation : partir. Oui, partir, pour Dovidénia. C'est de l'autre côté du Mur, du Rideau de Fer. Valérie a les appuis, les contacts. Mais depuis New York, Julian, lui, n'attend qu'une seule chose : se débarrasser de Sandy, pour diriger seul enfin l'empire Warhol...


C'est joli, non, comme histoire ? Et truffé de réalités historiques, comme la tentative d'assassinat ou le nom de celle qui la perpétra. Et inverser le cours de l'histoire pour faire sympathiser les deux personnages, plutôt original, non ? Ironique, en tout cas, c'est certain.

Pour le reste... Ce livre raconte les méandres d'un esprit qui se cherche, et ne se trouve nulle part, bien que tentant de fuir à peu près partout, jusqu'à s'inventer un El Dorado en Europe de l'Est... Alors, on est immergé dans la vie de Sandy, qui combat pour donner du sens à sa vie, tout en coupant les ponts avec sa vie passée – son existence passée. Mais le récit ne prend pas.

À moins d'être un inconditionnel de Warhol (et ouvert d'esprit : se dire de l'artiste se fait opérer pour devenir intégralement une femme, faut l'avaler) et de vouloir que survive une idée de cet homme, le livre n'a pas grand intérêt. Les passages tirés du journal intime de Sandy n'ajoutent rien, et versent en permanence dans les jérémiades et l'apitoiement. Ça devient pénible.

De même, le rythme est lent, très lent. Comme si les actions se répétaient. Sans pour autant qu'il n'y ait d'activité quelconque. Tout traîne, se drape d'une langueur terrifiante qui vous fait tomber des mains le livre durant les 100 premières pages. La transition vers l'Europe de l'Est donne un coup de fouet, c'est certain, mais un peu tard. Que le personnage de Sandy soit en proie aux pires errances, aux doutes et aux angoisses existentielles n'obligeait pas à tenter de démoraliser le lecteur. Une fois arrivées toutes deux en Grèce, c'est de nouveau l'ennui... pour elles comme pour nous.

Alors, oui, on saisit parfaitement que c'est le vide créatif qui s'empare de ce personnage. Et que le livre lui-même ne raconte rien d'autre que le besoin d'imaginer de sculpter le réel à travers son propre prisme, qu'il faut explorer de nouveaux pas, toujours, de son regard artistique. Je n'ai aucune affection particulière pour Warhol, attention : peut-être que le personnage était trop compliqué à manipuler pour en obtenir ce qui a abouti.

Basta. Pour un rendez-vous de quinze minutes, nous avons encore un peu de temps...



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