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Vincent Crouzet, Villa Nirvana

Clément Solym - 27.12.2007

Livre - Vincent - Crouzet - Villa


Villa Nirvana… Avec un titre de ce genre, n’importe quel mec sensé a les papilles qui frétillent et l’entre-jambe en sueur ! Ou alors y’a quelque chose que j’ai raté. Du moins, personnellement, je m’imaginais déjà le lupanar perdu loin sous l’équateur, à la pointe du Cap Bonne-Espérance. Et en découvrant la mention TRHILLER, sur la couverture, je salivais plus qu’un poivrot en manque devant un baba au rhum…

Ben les apparences sont trompeuses. Et en danger puisqu’il faut les sauver, n’est-ce pas ? François est agent. Et espion au service de la DGSE. Catapulté à Scarborough, humble village du fin fond de l’Afrique du Sud, pour retrouver la trace d’un autre agent : Bruno. Sa couverture ? Amateur d’escalade, avec un paquet d’ascensions réussies, et pas des moindres.

Bruno n’est pas qu’un autre espion, c’est surtout son frère, son frère d’arme. Ensembles ils ont partagé une formation, ensemble ils ont combattu, et ensemble, ils ont tué. Et y’a pas, ça créé des liens. Mais la famille, c’est pas toujours évident à supporter. Surtout quand la hiérarchie s’en mêle et vous ordonne de découvrir ce qui a bien pu arriver à son agent infiltré.

Sur place, on y découvre un sacré tableaux, reposant sur des superstitions locales, des légendes qui rôdent aussi près de vous que le grand requin blanc – 7 mètres : un beau bébé ! – responsable de nombreuses morts. François pose ainsi ses bagages dans la Villa Nirvana que son frère a prépayée pour 6 mois encore, et s’apprête à fouiner. Attention cependant, Moby Dick, « question de poids et de rareté », le trafiquant d’armes du coin dispose de féroces doberman pour refreiner les ardeurs d’espions trop curieux. Tout le contraire d’Heather, la bonne qui astique la chambre de la Villa. Heather, ou Lumka, qui en xhosa signifie « prudence »… Tout en elle va de « paires » qui enflamment l’imagination des hommes…

Alors qui est responsable de la disparition de Bruno ? La vieille Ginger et ses amies défraîchies, alternant gin et Earl Grey, semblent influencer la communauté et agir sur elle avec le pouvoir des trois Parques, tissant, filant ou tranchant le fil des destinées… Car le danger se tient terra marique. Après tout ce matériel de plongée digne d’un super pro paraît suspect : qu’allait-il traquer dans les profondeurs, risquant sa vie auprès d’un fameux mangeur d’hommes..?

Peut-être est-ce d’ailleurs sur l’eau qu’il faut regarder, quand Kimberley, la coast guard patrouille sur l’écume. Elle aussi a perdu dans l’Océan un mari, un fils et peut-être plus récemment avec Bruno, un amant… François, seul dans la Villa Nirvana écoutera en vain « le docteur », ce vent qui rend fou et ravage les terres comme les esprits. De toute façon, le chant du souffle austral ne charrie nulle réponse. Seulement la désolation et la dissimulation.

Sous les masques africains, la plage, et derrière la plage, la mort, titrerait-on en toute simplicité à la lecture de ce roman, le troisième en titre de Vincent Crouzet. Je l’avoue, une fois n’est pas coutume, les deux autres m’ont passablement échappé, et j’étais une terre littéraire en jachère quand j’ai ouvert Villa Nirvana. Mais non sans curiosité.

Car la plume est agile ici, et le trait tombe souvent juste… Juste sous la jugulaire, pour trancher net. L’intrigue semble pourtant confuse est l’on se perd aussi facilement dans la lande africaine que dans les relations préalablement tissées entre les personnages. Ça manque un chouia de clarté, pour être honnête.

Alors, oui, les flashbacks qui nous immergent dans le passé (le passif ?) des deux agents non sans une violence jouissive. Les missions confidentielles passées sous le silence de la raison d’État ou celle plus médiatisée du Rainbow Warrior ancrent (sans mauvais jeu de mot) dans un contexte de logique militaire impeccable. Qui rend l’enquête de François et sa quasi désobéissance à l’autorité plus acide encore.

D’un côté, donc, une intrigue, ou du moins sa résolution, que l’on apprécierait un peu limpide, et de l’autre un rythme agressif qui achève les temps morts avec la puissance destructrice d’un M16. Aucun repos, aucun répit, tout va vite, tant dans les rencontres que dans les révélations. Et les différents habitants de Scarborough bien plantés dans leur(s) rôle(s) animent le tout d’une vivacité réjouissante. Et lorsqu’aux locaux se greffent les agents islamistes, des tueuses russes et des dissidents divers, la mayonnaise prend une sacrée tournure

Jusqu’à Balthazar, le babouin qui traîne aux environs de Villa Nirvana et qui saura susciter une certaine sympathie.

Un livre qui se découvre avec plaisir, et s’avale tout aussi vite, finalement (perso, il m’aura fallu un petit week-end pour en venir à bout), et dont le style incisif laisse un goût de fer, si typique du sang, à la lecture. Amateurs de thriller, Villa Nirvana contient les bonnes recettes accommodées à la sauce d’un connaisseur. Et oui, on a accroché, puisqu’impossible de décrocher durant ce fameux week-end nancéen, pour ne rien vous cacher, et de fermer la porte de la Villa…

Suspens, action, intrigue sur fond de géopolitique mondiale… Quant au sexe, François aura fort à faire avec les Anges qui peuplent ses nuits. Ou les hantent, sait-on jamais si l’on dort quand on est éveillé...


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