Vivre en pleine nature, le récit d'un défi par Thomas Rain Crowe

La rédaction - 04.07.2016

Livre - nature writing - Thomas Rain Crowe - Ma vie dans les Appalaches


L'actualité est préoccupée par la Beat Generation, avec la grande exposition proposée par le Centre Pompidou, mais connaissez-vous la Baby Beat Generation ? On désigne sous ce nom la génération de poètes qui débarquent à San Francisco dans les années 1970 pour perpétuer le style et les thématiques chères à leurs aînés des années 50. Mathias de Breyne, écrivain et traducteur, nous présente Ma vie dans les Appalaches, de Thomas Rain Crowe, qu'il a traduit pour les éditions Phébus/Libretto.

 

treehouse back view

(photo d'illustration, gail, CC BY 2.0)

 

 

Vivre en pleine nature, c'est ce qu'a vécu, il n'y a pas si longtemps que ça, à l'orée des années 1990, l'écrivain américain Thomas Rain Crowe, membre de la Baby Beat Generation, descendance de la Beat Generation


Un sage qui a littéralement établi sa maison au milieu des arbres. 


Un homme qui avait besoin de faire un break, de s'éloigner quelque temps de la société, des villes, des gens. Pas un misanthrope, nous ne sommes pas ici dans le cliché de l'ermite qui en veut à la terre entière. Au contraire, il part avec des expériences de vie inégalables, des rencontres et des amitiés inoubliables, il s'éloigne avec plusieurs vies en poche qu'il ne regrette absolument pas et il reste en contact avec le monde par le biais d'un échange épistolaire riche. 


C'est donc plutôt quelqu'un qui s'en va pour mieux apprécier la vie et pour appréhender l'existence différemment, en quête d'un autre mode de vie et de ce qu'il veut vivre au plus profond de lui. 

 

Dans sa valise : quelques bouquins, notamment ceux des nature writers, quelques outils de jardinage et quelques vêtements. 

 

Une valise pour quatre ans, loin de tout, seul. 

 

Seul mais entourée d'animaux, d'insectes, d'une végétation dense et foisonnante. Là où la vie grouille, si on apprend à prendre le temps de bien contempler. 

 

Il deviendra notamment apiculteur, pour sa consommation personnelle. 

 

Brasseur, pour boire quelques bières de temps à autre. 

 

Agriculteur, pour survivre. 

 

Il continuera d'écrire des poèmes. Des lettres aussi, et il en recevra. Le facteur lui laissera le courrier à quelques kilomètres de là, au-delà de la forêt.

 

Un jour, alors qu'il vivait à San Francisco dans les années 1970, là où il côtoyait toute la bande de la Beat Generation — notamment Lawrence Ferlinghetti (aujourdíhui âgé de 97 ans, fondateur de la librairie culte de la Beat Generation : City Lights, depuis classée au patrimoine historique), Gary Snyder, Diane di Prima, Bob Kaufman, Allen Ginsberg, Jack Micheline, Michael McClure, Jack Hirschman... – et des musiciens de jazz de l'époque, Thomas Rain Crowe a décidé de mettre fin à cette vie citadine palpitante, à toute cette expérience littéraire dont il s'était assez nourri et de rebrousser chemin vers les terres qui ont vu grandir l'enfant qu'il était. 

 

Retrouver Dix choses que vous ignorez sur la Beat Generation

 


Ce n'était pas une fuite, c'était un retour aux sources. 
Un aller direct vers l'essentiel. 
Du bon côté du bassin versant.
Il désirait se replonger dans ses racines, en pleine nature, dans les montagnes des Appalaches, en Caroline du Nord.
Il voulait être avec la nature, tout simplement.


Pendant quatre ans, il a vécu dans une petite cabane, en pleine forêt, qu'il a construite lui-même, où il vivra seul et par ses propres moyens, sans électricité, sans eau courante, sans transport ni revenu, sans ne jamais mettre les pieds dans un commerce quatre années durant, tout comme l’avait fait, cent quarante ans avant lui, Henri David Thoreau qui racontera son expérience dans un livre devenu célèbre : Walden, ou la vie dans les bois.


Son seul lien avec l'extérieur : sa boîte aux lettres.
Et la petite bibliothèque d'un village situé à quelques dizaines de kilomètres.
Rain Crowe, comme Thoreau, sans lumière chez lui, s'est habitué à s'endormir avec le soleil, à se lever avec lui et les oiseaux, selon le rythme des quatre saisons. 


Il a appris à aller chercher de l'eau à la source, à plusieurs kilomètres de sa cabane, à couper son bois (seulement les arbres morts), à affûter ses outils, à cultiver ses légumes, à cuire son pain de maïs, à faire son miel, à brasser sa bière maison, à conserver des aliments dans des bocaux pour les longs hivers lors desquels la neige recouvre tout dans les fameuses Smoky Mountains, à creuser un silo à légumes sous sa cabane pour stocker ses victuailles, à troquer avec quelques rares fermiers avoisinants et accueillants, solidaires, à vivre au milieu des bois et de ses animaux, à marcher des heures et des heures, à lire, à penser, à observer et à écrire loin de tout...


Il a raconté tout cela dans un livre émouvant et pertinent, un récit autobiographique, un essai poétique, philosophique, écologique : Ma vie dans les Appalaches, paru chez Phébus et en poche chez Libretto ce mois de juin 2016. 


Le livre d'Henri David Thoreau est toujours d'actualité et celui de Thomas Rain Crowe lui fait merveilleusement écho, en est un prolongement naturel et a beaucoup de sens dans le monde actuel. Il parle de tous ces aspects vitaux pour vivre en pleine nature, et de sujets aujourdíhui cruciaux comme l'environnement, l'échange, le partage, les écosystèmes, les bienfaits de la nature... Ce livre d'une très grande valeur décrit tout ce que l'auteur a dû apprendre et faire pour survivre pendant quatre ans dans les bois. L'ornithologie et la botanique y ont une place prépondérante.

 

 


Aujourd'hui, en 2016, âgé de bientôt 70 ans, il vit, avec sa compagne à présent, encore entouré de nature et grâce à elle. Dans une petite maison. Dans les mêmes montagnes. En autosuffisance. La permaculture n'a pas de secret pour lui. Tout est produit sur place. Il cultive encore son potager, une de ses principales sources de revenu puisqu'il en vend une partie à des bons restaurants du coin qui veulent cuisiner avec des bons produits de saison locaux et non contaminés. 


Il continue de couper du bois et d'en stocker pour en avoir toujours deux ou trois hivers d'avance. 
Il continue d'écrire, notamment pour des revues écologiques.
Il continue de marcher, d'admirer, d'écouter et d'espérer. 
Il sait qu'il est un membre à part entière de la Nature.


Mathias de Breyne est né à Lyon en 1973. Il est notamment l'auteur d'En voyage avec mon ami mort, aux Éditions H&O, et Entretien avec un frigo, aux Éditions Rouge Inside. Son dernier roman, La maison, est paru chez Belfond le 9 juin 2016.


Pour approfondir

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Ma vie dans les Appalaches

de Thomas Rain Crowe (Auteur) MATHIAS DE BREYNES(Traducteur)

Thomas Rain Crowe est un poète américain, un des Baby Beats, ces jeunes écrivains ayant côtoyé à San Francisco les maîtres de la Beat Generation que sont Ginsberg et Burroughs. A la fin des années 70, il décide de rentrer " chez lui " et de vivre quatre ans, seul, dans une cabane, sans électricité ni eau courante, sans transport ni revenu, tout comme l'avait fait cent quarante ans avant lui, Henri David Thoreau, qui avait tiré de cette expérience un récit mythique : Walden, ou la Vie dans les bois.

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