Vivre et laisser mourir, Ian Flemming

Clément Solym - 28.02.2008

Livre - vivre - laisser - mourir


Ah James, pourquoi es-tu Bond ? Et quoiqu’en 1973, ce fut dans les traits lourds de Roger Moore que tu t’incarnas, déjà tu faisais frémir mon cœur d’adolescente enivrée de tes répliques machistes et des tes réactions fières d’agent secret. Ah, James, pourquoi donc es-tu James…

Vivre et laisser mourir, tout le monde a vu et revu le film, mais il est bon pour les générations qui n’ont pas connu le monde sans téléphone portable, ni réseau WiFi de rappeler que James Bond n’est pas l’agent sursaturé de gadgets et équipé d’accessoires de pied en cap. Si Casino Royale remettait les pendules à l’heure : ramené au personnage initial de Ian Flemming, les aficionados retrouvaient leur James et les habitué(e)s destabilisé(e)s tombaient des nues ou s’extasiaient sur les fessiers du beau Daniel Craig.

Bragelonne surfe ainsi sur la vague et l’anniversaire, à l’image de ce timbre dont nous vous parlions, de la création de l’agent secret en rééditant Vivre et laisser mourir. Cette nouvelle traduction, pour un style peut-être un peu plus percutant, que l’on doit à Pierre Pevel, ne cache d’ailleurs pas les réalités de l’écriture de Ian. Un Noir est appelé Noir, pas Afro-américain, les Russes sont encore les ennemis de la liberté et Harlem, un ghetto où les Noirs jouent de la musique en général, et du jazz en particulier.

Bref, on savoure autant une vision du monde que les aventures de l’agent. Et à tout prendre, les aventures sont peut-être à relayer au second plan. Car la première édition date de 1955, et que brièvement, à cette époque, on assiste au couronnement de l’Empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié, une couturière noire (Rosa Parks) en Alabama refuse de céder sa place à un passager blanc et c’est aussi la signature du pacte de Varsovie.

Ce bref interlude historique passé, ne me faites pas non plus dire que Vivre et laisser mourir est un témoignage culturel. Non, évidemment. Mais des relents s’en dégagent, des attitudes, des appréhensions, des comportements, eux, témoignent d’une vision du monde. Celle de Ian, bien sûr, mais également celle d’un Blanc, cultivé et britannique de surcroît.

Et si l’humour de James doit beaucoup à ses ascendances anglaises, à n’en point douter, ce livre marque aussi une page de monde occidental : sans être universel, ce point de vue n’en est pas moins significatif. Blancs et Noirs, l’un dans une entreprise de reconnaissance, l’autre remettant en question une attitude passée.

Walther PPK 7.65, l'arme de l'agent (crédit Wikipédia)