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Vodka, pirojki et caviar : A la santé des Russes !

Cécile Pellerin - 12.08.2014

Livre - Littérature policière - Polar scandinave - Svalbard


 Barentsburg, ville principale de l'intrigue du nouveau roman policier de Monica Kristensen, se situe bien, à l'instar de ses précédents romans, sur les îles norvégiennes  du Svalbard (Spitzberg) dans l'océan glacial arctique mais, éloignée seulement de 55 km de la capitale Longyearbyen, elle n'est peuplée que de Russes et d'Ukrainiens. En effet, le Traité du Svalbard (1920) autorise tous les pays signataires à exploiter les ressources naturelles de l'archipel et la Russie, seul pays étranger à exercer ce droit, via la compagnie minière Arktikougol, extrait du charbon depuis 1932. Dépourvue d'accès routier, la ville de 800 habitants est accessible par bateau l'été, hélicoptère ou motoneige l'hiver.

 

Ainsi, c'est dans ce contexte très particulier que Knut, l'officier de police norvégien, enquête à nouveau, à l'orée de l'hiver. Suite à un accident mortel constaté à la mine du secrétaire général du syndicat, le voilà rapidement contraint (météo mauvaise) de rester dans la ville minière à l'atmosphère lugubre et d'une autre époque, franchement hostile, sur le déclin et éloignée du mode de vie occidental des Norvégiens. « Le site minier ressemblait à une vieille ruine abandonnée que personne n'aurait pris la peine de raser ».

 

Il s'avère rapidement que l'accident constaté est un meurtre que les autorités russes et le directeur de la mine ne souhaiteraient pas ébruiter et pouvoir régler eux-mêmes, sans l'intervention de la police norvégienne. Mais c'est bien évidemment sans compter sur la ténacité de Knut, son courage et sa perspicacité ainsi que sur sa sensiblerie et son attachement rapide à la jeune veuve éplorée, Oksana.

 

Comme toujours, chez Monica Kristensen, c'est l'ambiance inattendue, fraîchement dépaysante, au cœur des glaces et des habitudes de vie si déconcertantes pour un lecteur issu de latitudes plus amicales qui retiennent d'emblée  le lecteur, puis  l'intrusion dans cet environnement décati et sombre, mystérieux et totalement inconnu de l'enclave russe qui étonne peut être davantage encore cette fois. «Les gargouillements apaisants du radiateur, le tableau moche des ouvriers au mur, cette légère odeur qu'il ne parvenait pas à définir mais qu'il assimilait au monde russe. »

 

La méfiance, la désagréable sensation d'être constamment espionné, l'impression que la guerre froide n'est pas totalement terminée, la corruption latente, les trafics divers de pêche illégale en mer de Barents ou de production de vodka, le poids de l'histoire,  la description des conditions de travail extrêmes et sordides dans la mine ou celle des expéditions scientifiques en Arctique s'insèrent de manière persuasive au cœur de l'intrigue, apportent de la matière aux rebondissements, fourmillent de renseignements passionnants sur cet archipel lointain et confirment avec bonheur la parfaite maîtrise de l'auteur sur le sujet.

 

Ainsi, après la lecture, il est  fort possible qu'un verre de vodka Streletskaya, accompagné de pirojki à la viande (à défaut de caviar) soient nécessaires pour se remettre de la réalité particulièrement expressive et convaincante de trois autres meurtres successifs, de plusieurs chutes dans l'eau glacée, de gerçures aux pieds ou  d'un accident de motoneige, voire  même de la menace d'un ours polaire attiré par l'odeur de nourriture de la cantine d'un navire de scientifiques.

 

Bref, une histoire mouvementée, parfois éprouvante mais sans ennui, pleine de rythme et de variété, assurément capable de contrebalancer un dénouement finalement trop simple, en deçà d'une intrigue complexe et  hautement plus palpitante.