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Volia Volnaïa : dans l'immensité sibérienne de Victor Remizov

Cécile Pellerin - 15.03.2017

Livre - Littérature russe - taïga - liberté


Ce roman russe est une évasion, une aventure au cœur de la forêt boréale et des grands espaces de la presqu'île de Rybatchi, en Sibérie orientale. Révélateur d'une nature sauvage, il met en scène des personnages hauts en couleurs, authentiques et attachants.

 

Avec un sens de la description étonnant, une lucidité saillante, de l'humour et de la dérision, Victor Remizov (traduit par Luba Jurgenson) saisit avec réalité et finesse la Russie post-soviétique, engluée dans des pratiques de corruption si courantes et admises par la population locale qu'elles font parfois regretter la répression communiste mais, lesquelles, poussent aussi certains habitants, à se mettre en action, à revendiquer un autre fonctionnement plus protecteur et plus juste, respectueux de leur environnement.

 

Le lecteur, lorsqu'il pénètre dans cette histoire, à mille lieues probablement de la sienne, pénètre dans un vaste territoire in-maîtrisable, aux dimensions peu rassurantes, côtoie des personnages un peu rustres, de vrais chasseurs buveurs de vodka et conducteurs de gros 4x4, au verbe haut, à l'injure facile, aux multiples surnoms (la liste des personnages en début de livre, précieuse et utile, limite l'égarement).

 

Mais par moments, entre le foisonnement des situations, la multiplicité des tableaux, l'énergie, l'agitation des nombreux personnages, leurs histoires personnelles (parfois longues), le tumulte incessant ou l'extrême solitude, il s'affaiblit un peu, en difficulté momentanée, dérouté. Pourtant, s'il accepte la sinuosité des chemins, s'il persiste à les suivre, alors les paysages grandioses de la Taïga surgissent avec bonheur, portés par une écriture visuelle et éclatante. Là, le voyage est éblouissant et les scènes de chasse, absolument dépaysantes.

 

 

"La solitude dans la taïga est une drogue accrocheuse. Celui qui y a goûté, s'il vaut quelque chose, ne peut plus s'en passer et, s'il y renonce contre son gré, il en souffre comme d'une perte irréparable."

 

Guenka, On'Sacha, Kolka, Kobiak et Ilya, le seul Moscovite, sont chasseurs et pêcheurs saisonniers. En fin d'été, près du village, ce sont principalement les œufs de saumon qu'ils conservent et début octobre, lorsque les bancs de poissons ont frayé, lorsque la première neige arrive, ils deviennent chasseurs de zibelines, d'ours ou d'élans et s'enfoncent dans la taïga, leur territoire de chasse ; des milliers d'hectares sauvages où quelques  isbas disséminées çà et là servent de refuge temporaire.

 

"Une grande quantité de produits illégaux étaient stockés dans les maisons : une famille sur trois détenait des œufs de saumon, il y avait de la viande et des zibelines non déclarées, certains possédaient de l'or, d'autres des armes non enregistrées."

 

Moyennant quelques pots-de-vin à la milice locale, le braconnage reste toléré jusqu'à ce qu'un incident entre le chef de la milice et Kobiak entraîne l'effondrement de cet équilibre ancestral et menace sérieusement la paix au village.

 

De là, de cette opposition manifeste de Kobiak à plier sous l'autorité, de sa fuite dans la taïga, consécutive à cette altercation, une unité spéciale de la police russe, l'OMON, est dépêchée depuis Moscou pour remettre de l'ordre dans le village, éviter une insurrection et retrouver le fugitif.

 

Mais certains habitants, pas forcément chasseurs ni pêcheurs, n'entendent pas se soumettre non plus et chacun de s'interroger sur le fonctionnement mafieux de la société russe, sur les conditions d'existence avant la Perestroïka (meilleures ou pires ?), sur l'absence de justice.

 

Faut-il préférer la liberté ou la soumission, opter pour la révolte et le changement dans un pays en ruine ou choisir le sacrifice, comme une nécessité ?

 

"Dans notre pays, on ne fait pas la différence entre l'argent volé et l'argent honnête […] Ce n'est pas d'aujourd'hui que la Russie empeste."

 

Cynique, assez désespéré, sans concession pour les gouvernements qui se succèdent, le roman de Victor Remizov est, malgré tout, plein de vie, d'inattendu, se déploie, passionné et fascinant.

 

Un souffle lyrique, une quête identitaire complexe, des paysages époustouflants, des habitudes de vie singulières, si pittoresques…  C'est certain, le voyage ne se refuse pas.


Pour approfondir

Editeur : Belfond
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782714468949

Volia Volnaïa

de Victor Remizov

Un roman russe fulgurant, une plongée dans l'immensité sibérienne, qui conte l'éternel affrontement entre désir de liberté et asservissement au pouvoir. Porté par une seule devise, Volia volnaïa, " Libre liberté ", une très forte quête identitaire, avec, en toile de fond, le tableau renversant de la Russie d'aujourd'hui, tiraillée entre tradition et modernité.Guennadi Milioutine, Alexandre Ivanovitch Goussev, Stepane Kobiakov, Sachka Lepiokhine... Dans le village de Rybatchi, tous sont chasseurs, pêcheurs, tous sont braconniers. Ils aimeraient pouvoir acheter une licence pour vendre légalement la récolte de ces mois passés au cœur de la taïga... Mais la milice veille. Et pour elle, il est bien plus avantageux de maintenir ces hommes dans l'illégalité afin de les racketter. Jusqu'à ce que Kobiakov décide de ne pas céder les 20 %. Et ce qui n'était qu'une rébellion inoffensive devient un fait politique lorsqu'un groupe d'officiers de l'OMON, redoutée unité spéciale anti-émeute de la police russe, débarque dans le bourg pour rétablir l'ordre. Que faire ? Se soumettre ou partir dans la taïga, se refaire une vie ? C'est le choix qui fait voler en éclat le statu quo ancestral, l'équilibre du bourg et de chacun, parce qu'il est avant tout question de liberté...

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