Voyage au pays des mafias italo-internationales

Clément Solym - 22.08.2012

Livre - Le combat continu - Roberto Saviano - Essai


Comme certainement beaucoup de monde, j'ai entendu parler de Gomorra (plus du film, que je n'ai pas vu, que du livre, que je n'ai pas lu) avec nombre de superlatifs plutôt élogieux dont je ne saurai jamais dire s'ils sont mérités ou pas.

 

« Jamais » parce qu'après avoir lu Le Combat Continue, Roberto SAVIANO ne m'a pas donné l'envoie de lire cet autre ouvrage qui l'avait donc précédé : déçu, je suis déçu. J'attendais de l'investigation, de l'enquête, du journalisme de recherche et d'approfondissement, je n'ai trouvé qu'un décourageant discours aseptisé sans profondeur.

 

Certes, je suis désolé pour tous ces gens qui ont péri lors du tremblement de terre de l'Aquila mais je n'attendais pas, sur ce sujet, des pages soporifiques et piètrement sensationnalistes sur la vie de quelques uns des étudiants qui n'ont pas survécu à l'effondrement d'un bâtiment visiblement mal construit, mal contrôlé et mal entretenu.

 

Certes, je ne peux qu'être insurgé, même si je n'ai plus aucune fibre religieuse, par une église qui refuse un enterrement catholique à un Piero, euthanasié à sa demande après des années de souffrances liées à cette maladie dégénérative qui l'avait rendu totalement dépendant de l'amour et de l'assistance de son épouse, Mina, éperdue de douleur devant cette décision que, croyante, elle ne peut pas comprendre. Alors que cette même église a ouvert grand ses portes à nombre d'assassins mafieux notoires !

 

Certes !

 

Mais ce n'est pas avec cela que Roberto SAVIANO peut espérer convaincre qui que ce soit qui n'est pas déjà convaincu. Ce qu'il dénonce comme une machine à salir reste d'évidence du menu fretin. Et s'il décortique une autre machine, celle à faire basculer des élections, il est bien loin de mettre au grand jour des promiscuités douteuses, des accointances politiques véreuses ou des toiles financières dangereuses.

 

Comment l'argent dit sale est-il en train de pénétrer tous les rouages de l'économie mondiale au point de risquer la voir possiblement asservie (si elle ne l'est pas déjà) à cet argent de la drogue, de la prostitution, de la traite des hommes et des femmes, ou toute autre malversation que la capacité me manque à les imaginer toutes ? Son livre ne donne pas de réponse intéressante.

 

Quelles sont les répliques qui sont mises en place pour les contrecarrer ? Pas plus de pistes ou d'informations convaincantes.

 

Une seule chose m'a paru rejoindre une vraie préoccupation personnelle. La pénétration de la toile mafieuse se déplace - et se place - inexorablement bien au delà des seuls problèmes des banlieues qui, eux, font régulièrement la Une des journaux. L'Etat français, dans toutes ses déclinaisons du terme, ne donne pas l'image d'une profonde implication ou préoccupation dans la poursuite de l'entrée au capital de nombre de sociétés en difficultés par des écrans de fumée peu engageants, plus enclin à seulement répondre au remue-ménage médiatique par des propositions de passage au karcher de certaines zones sensibles. Et cela n'est pas rassurant.

 

Mais si c'est uniquement pour faire ce constat, non, la lecture de ce livre n'est pas indispensable.