Voyage dans l'univers des drogues – et comment en revenir

Nicolas Gary - 10.12.2019

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ESSAI – Il ne suffit pas d’avoir fumé un peu de cannabis dans sa vie pour s’offrir le luxe d’un essai sur les psychotropes. Pas plus que la lecture de Baudelaire ne rend opiomane. En revanche, assurons qu’une pratique des substances évoquées dans ce livre ne mène pas nécessairement à la publication d’un ouvrage aussi passionnant que celui de Tao Lin. 


 

Au commencement, comme souvent, se trouve le contact de l’humain avec son environnement, et cette infinie curiosité reposant sur le classique modèle du « Try and error ». Problème : si l’error devient trop sérieuse, le risque de décès augmente en flèche. Voilà qui ne pardonnera pas, dans l’hypothèse de nouvelles expérimentations : la mort est souvent le premier frein des grandes rencontres.

Qui ne connait la vie et l’œuvre de Terence McKenna peut bien gloser à l’envi : au mieux sera-t-il possible de lui reprocher des conférences payantes où il parlait de substances chimiques. Au pire, d’avoir ouvert des portes à qui voulait bien les prendre, pour tenter de changer — modestement — le monde. Évidemment, un pareil ouvrage devait arriver Au Diable Vauvert. Littéralement.

La rencontre entre Tao Lin et Terence McKenna se fit sur internet : le premier avait quelques difficultés avec sa vie personnelle, le second également. Mais McKenna allait apporter à son biographe et essayiste improvisé les pistes de réflexions qui manquaient, tant à sa prise de drogues (les plus variées qui soient) qu’à sa propre existence. 

Tourner en rond ne démontre en effet pas que la Terre est ronde. Mais peut favoriser nausées, vomissements et dépression.
 
Depuis les Portes de la perception d’Huxley, envisager d’écrire sur les psychotropes implique une maitrise scientifique du sujet, autant qu’une approche empirique maîtrisée. C’est le cas. Et c’est ce qui rend cette lecture littéralement expérimentale.

Car relatant sa propre consommation, Lao Tin procède scientifiquement : d’un côté, les drogues à addiction lourde, de l’autre celles qui ont pour fonction d’apporter un éveil. On ne confond pas cocaïne et mescal dans le même verre, en tout cas. Ce qui amène à considérer comment évolue la consommation, la constitution de marché — phénomène cependant moindre dans le livre — mais plus encore, la relation de l’humain aux drogues.  

On retrouvera avec amusement cet article de Sciences et avenir, revue que l’on qualifierait difficilement de prosélyte, évoquant la transition de l’humain depuis le Grand Singe vers l’Homo Complexus que nous sommes devenus. Une transition qui se serait opérée par la capacité à digérer l’éthanol — et la mutation qu’elle aurait alors engendrée.

Le point de Tao Lin est à peu près dans cette zone d’exploration : le contact avec les drogues change le comportement non simplement d’un individu, mais potentiellement d’une espèce. Et par le prisme tout à la fois biographique, mémoriel et autoanalytique, le voici parti à décortiquer les thèses de McKenna. Les amateurs de champignons n’en feront pas une omelette, mais se régaleront. 


Tao Lin, trad. Charles Recoursé – Trip – Au Diable Vauvert – 9791030702965 – 22 €


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