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Voyage sans famille, en terres d'exil (Rêves oubliés)

Clément Solym - 24.05.2012

Livre - Irun - Pays basque - famille


Eté 1936. Ayant compris que la conversation haineuse des deux hommes assis au bar du restaurant où il déjeune, l'avait pris pour cible, Aïta s'enfuit par une porte arrière de l'établissement, préférant éviter la confrontation avec ces énergumènes dont l'un est ostensiblement armé.

 

Aucun doute la dessus, sa vie est en danger dans cette ville d'Aranjuez où il dirige une usine de céramiques, dans cette Espagne en pleine ébullition.

 

Alors, Aïta abandonne toute sa vie et fuit vers Irùn pour y retrouver Ama, sa femme, et leurs trois enfants.

 

Mais, à son arrivée sur le lieu de villégiature habituel de toute la famille, Aïta découvre que Ama, elle aussi, a dû fuir de l'autre côté de la Bidassoa, en France, pour échapper, ainsi que tous les autres membres de la famille, et notamment ses frères pleinement engagés dans la lutte contre la dictature naissante, à une rafle imminente : le pays basque espagnol est en train de tomber aux mains du franquisme.

 

Alors, Aïta passe, lui aussi, clandestinement, la frontière et parvient à retrouver les siens.

 

Certainement un orage à laisser passer ? Un peu de patience avant que ne revienne le temps d'avant ?

 

Mais les nouvelles sont chaque jour les mêmes et l'attente se transforme peu à peu, insensiblement, quand Aïta comprend qu'il n'a plus d'alternative et qu'il doit trouver un travail, en exil.

 

Alors, pour toute cette famille maintenant déracinée, s'organise une nouvelle vie.

 

Ce livre est une nouvelle chanson d'exil, de séparation, de déchirement, d'abandon et de perte. Perte des racines, perte des repères, perte de l'identité accrochée à des souvenirs, perte des souvenirs eux-mêmes qui sont soudain devenus trop douloureux pour être appelés.

 

Perte de la terre au sens le plus terrien du terme pour Aïta, céramiste, qui façonnait l'argile de son sol natal.

 

L'exil n'est pas un  choix. Il n'est pas une option. Il est une épreuve que même le regroupement de toute cette famille restée unie dans ce grand bouleversement ne parvient pas à faire disparaître, seulement à minimiser. Parvenir à rester unis n'est qu'un peu de baume sur une plaie béante, sur une souffrance inconsolable.

 

Mais les enfants sont des branches neuves qui tendent leurs nouvelles feuilles bien haut vers le ciel, vers le soleil.

 

Leonor de RECONDO écrit avec douceur des pages pleines de tendresse, d'amour, de nostalgie, mais aussi de fureur, d'effroi et de cette folie qu'ont les hommes en eux. « Pourquoi les idées sont-elles si dangereuses ? » demande-t-elle sans trouver la réponse.

 

Le seul credo semble se ramasser dans ces mots : ensemble, unis, réunis ! Mais est-ce bien un abri ? Aïta, dans cet exil, trouvera une nouvelle terre qu'il cultivera. Ama ne cultivera que ses enfants autour d'elle. Et ces derniers vont prendre leur envol dans un nouveau terreau qui leur est offert pour y ancrer de nouvelles racines.

 

Qui peut dire qu'il n'est pas le descendant de l'étranger ou de l'exilé ? Et quand le corps retourne à la terre, n'est-il pas plus de celle qui l'accueille que de celle dont il n'avait plus que le souvenir ?

 

De très belles pages.