Vue sur la mère, Julien Almendros

Clément Solym - 17.09.2008

Livre - vue - mere - Almandros


Petit livre de 120 pages que l’on dévore en deux heures. Une couverture assez hideuse, dont les couleurs criardes, ont été choisies pour nous hérisser le poil. La photo d’un enfant le visage contracté par l’angoisse et la demande lève le visage… vers sa mère (hors champ).

C’est donc avec plaisir que l’on se plonge, sans s’arrêter, dans cette lecture haletante du récit que fait un jeune homme de la relation qu’il a entretenue avec sa mère, pardon, que sa mère lui a imposée.

Ce sujet nous parle. Forcément. Même quand on est fille de sa mère et non fils (« j’étais ici d’abord et surtout le fils de la maman de Julien »), on a des comptes à régler avec notre mère qui nous a fait comme-ci ou comme-ça et qu’on n’arrive pas à se défaire de cet atavisme que l’on déteste.

Ici, les relations sont tendues à l’extrême. Le narrateur – on se doute qu’il s’agit d’un récit autobiographique - raconte sa naissance, sa petite enfance, ses années d’adolescence, une jeunesse où l’omnipotence de la mère réserve une portion congrue au père et aux deux garçons dévorés par cet amour exclusif et tyrannique. Progressivement, la tension monte. À mesure que le jeune homme éprouve des velléités d’indépendance, l’ogresse se manifeste pour écarter tout individu - femelle - qui oserait s’aventurer dans le cercle très fermé de la famille.

C’est un véritable système que la mère met en place pour rendre son enfant complètement dépendant à ses pleurs et ses cris. Névrosé, le jeune homme, entamera des relations compliquées avec les jeunes filles que sans relâche il voudra séduire pour mieux les faire souffrir, en reproduisant, d’une certaine manière cette relation originelle fondée sur la dévoration. Mais parce qu’il ne se complaît pas dans le désespoir, l’auteur nous montre que nourri aux disputes, il a développé un grand talent pour les répliques qui tuent. Celle que je préfère : « Je t’avais dit que Caroline n’aime pas le poisson. C’est bon là, sardines en entrée, rougets grillés. T’as fait quoi ? Un sorbet aux moules pour le dessert ? » .

On rit bien, c’est d’ailleurs ce qui rend cette lecture agréable au point qu’on en oublie notre propre voyeurisme.
En relisant le livre pour y trouver les perles, on voit même un texte parfaitement ciselé, où rien ne dépasse. C’est un bloc de haine magnifiquement ouvragé.

Le style est très fluide, la parole est ironique, rarement tendre, souvent cruelle. Les jeux de mots sont distillés l’air de ne pas y toucher « ce qui avait le don de me mettre hors d’elle ». On se croirait dans un bar, à la fin de la nuit, quand notre ami très cher finit par raconter ce qui lui pèse depuis tant d’années et l’a empêché de vivre. Ce récit est vital. Il ne faut pas l’interrompre. Une fois qu’il aura vidé cet abcès qui le rend malade, peut-être ira-t-il mieux. Du moins, on l’espère. On en doute cependant à la lecture des dernières pages.

La fin, inutile à mon sens, nous met mal à l’aise. En forme de règlement de compte, elle interpelle directement la mère. Avions-nous besoin d’être témoins de cette violence ? Et cette mère, aura-t-elle un droit de réponse ? Comment vivra-t-elle l'exposition de cette haine au grand jour ?

Dans cette veine, on le sait, il existe la lignée des livres de fils qui évoquent leur mère ou une mère de fiction, du jeune Marcel de la Recherche, à Albert Cohen, Bazin, Romain Gary…jusqu’à Camus dans l’Étranger. Et les femmes auteurs ? Qu'est-ce qui muselle leurs confessions ? Y aurait-il une compassion plus grande des filles devenues mères qui savent que les enfants, toujours, leur reprocheront de les avoir élevés ?


Retrouvez Vue sur la mère, sur Place des libraires



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