Waleed Al-Husseini : Livre coup de poing par des mots au point

Félicia-France Doumayrenc - 17.03.2015

Livre - liberté Cisjordanie - religion islam - Palestine


Il est difficile d'ordinaire de faire une critique quand on ne lit pas la langue. Cette fois-ci, la traduction n'a pas été un problème tant le livre est brutal, vivant et nous met pied et tête dans la réalité de la religion musulmane. Blasphémateur Les Prisons d'Allah, le titre qui semble accrocheur résume à lui seul fort bien le livre : Waleed Al-Husseini est un blasphémateur parce qu'il a osé penser dans une société où l'obscurantisme fait loi.

 

Ce jeune homme de vingt-cinq ans parce qu'il s'est révélé athée s'est retrouvé derrière les barreaux à Qualqilya en Cisjordanie, torturé physiquement et moralement parce qu'il avait juste osé ne plus croire en Dieu et l'affirmer sur différents supports internet.

 

Dès les premiers chapitres Waleed nous explique le quotidien ordinaire d'une jeune palestinien.
École primaire sans mixité, sexualité dont on ne parle pas et quasi interdite puisque les femmes doivent arriver vierges au mariage et emprise de la religion sur la vie quotidienne, et ce dès l'enfance.

 

À l'université il se sent plus libre et quand il se découvre athée, après de longues réflexions sur le Coran et le prophète, mais lorsqu'il le dit à ses amis et, ce, à son grand étonnement ceux-ci lui tournent le dos.

Il l'avoue à sa mère qui lui répond, je le cite : « elle m'a répondu qu'elle s'en doutait, mais qu'elle priait tous les jours Dieu pour qu'il m'éclaire et me remette sur le droit chemin de l'Islam. Pour autant elle ne m'a pas renié. La force de son amour maternel m'a permis de retrouver une certaine paix intérieure et de me consacrer à mes études ».

 

« Elle ne m'a pas renié », il parle ainsi de sa propre mère, le poids de l'Islam est tel que sa propre mère aurait pu lui tourner le dos.

 

Il se lance, alors, à cœur et à corps perdus dans une explication de son athéisme, ne pouvant en parler dans la vie, il choisit le virtuel afin de communiquer avec le plus grand nombre de musulmans.

En effet, c'est grâce au net qui n'a pas de frontières que le jeune étudiant qui devient professeur trouve des réponses aux questions qu'il se pose sur Dieu dont il parle dans son livre un peu comme d'un père qu'il aurait renié et qui n'aurait jamais existé. Qu'il trouve des réponses aux questions et découvre que la religion est pleine d'illusions, de mensonges.

 

Les blogs qu'il crée, et les réponses à ses articles et les discussions échangées dans le virtuel lui démontrent qu'il n'est pas le seul à douter, à s'interroger sur le bien-fondé de la religion. De même, il trouve écho, sur la Toile, dans ses échanges avec des musulmans ou des musulmans devenus athées tout comme lui afin de se défaire du poids d'une religion qui les avaient plongés dans une ignorance et qui aspirent à une liberté de pensée loin des dogmes et des pratiques islamistes invalidantes.

 

En mars 2010, le jeune homme crée une page Facebook au titre provocateur : « Anna Allah » qui signifie je suis Allah.

 

Dès lors, cette page alerte les autorités musulmanes puisque l'auteur lance le défi ultime. En effet, pour les musulmans Allah ne doit pas être incarné, et les muftis, imams et la police surveillent de près toutes les publications et les commentaires et finissent par emprisonner l'auteur le 2 novembre 2010.

« Derrière les barreaux » titre du chapitre qui décrit son incarcération est bouleversant de justesse et pour les occidentaux que nous sommes incroyables.

 

 

 

 


Comment, en effet au 21
e siècle peut-on être torturé physiquement et moralement pour ses idées ? L'attentat du 7 janvier à Charlie et la prise d'otage de l'Hyper Casher du 9 du même mois nous a prouvé que les fanatiques musulmans ne reculaient devant rien.

 

Le « Anna Allah » qui signifie je suis Allah de Waleed Al-Husseini résonne douloureusement et fait écho au slogan « nous sommes Charlie ».

 

Mais « derrière les barreaux » le jeune homme ne plie pas et reste et c'est bouleversant de courage et de dignité, fidèle à son athéisme et résiste malgré les pressions.

 

C'est par un gardien qu'il apprend sa libération après avoir été sans eau ni nourriture puisque c'était le ramadan pendant un mois.

 

Le 3 septembre 2011, il retrouve sa famille après dix mois de détention.

 

Mais demeure, cependant, en liberté surveillée dans l'attente de son procès, devant se présenter chaque jour au commissariat.

 

Peu après sa sortie, il se retrouve une nouvelle fois en garde à vue, accusé d'avoir créé une nouvelle page sous le même titre de « Anna Allah » alors qu'il n'en est rien et il s'entend dire : « tous les blogueurs sont des déviants. Les uns s'expriment sur la Toile, les autres blasphèment l'Islam. Ils sont manipulés par le sionisme et la franc-maçonnerie ».

 

Comprenant qu'il n'a plus sa place dans son pays, il obtient en 2012 en France le statut de réfugié politique. Bien qu'exilé dans notre pays et séparé de sa famille qu'il ne reverra peut-être jamais, il continue son militantisme pour la laïcité et crée le Conseil des Musulmans de France.

 

Ce livre écrit, on le sent, du fond du cœur de Waleed Al-Husseini est un grand choc d'une part parce qu'il nous explique ce qu'est réellement le monde musulman et d'autre part parce que ce qu'il est arrivé à l'auteur ne devrait plus jamais se reproduire ; en effet, combien d'autres comme lui qui osent s'exprimer sans langue de bois, mais avec sincérité sont-ils emprisonnés dans les geôles de pays où l'Islam est totalitaire ?

 

Cette autobiographie est à lire absolument parce qu'elle éclaire une situation que nous croyons connaître et surtout parce qu'elle est le témoignage poignant, mais jamais plaintif d'un homme qui a eu et a toujours le courage de ses opinions.