Zanzaro circus. Windows du passé surgissant de l'oubli

Clément Solym - 14.08.2012

Livre - Zanzaro Circus - Jack-Alain léger - L'éditeur


Cela commence dans un petit village qu'il croyait être de la Manche mais qui s'avèrera être du Calvados et dont le nom échappe obstinément à Bibe, le narrateur, malgré une impressionnante obstination à le rechercher dans tous les confins de sa mémoire, dans les souvenirs qui lui restent du temps qu'il y a passé en compagnie de personnages illustres au milieu desquels, lui, faisait pâle figure, manquant diablement de toute l'aura dont bénéficiaient les autres convives, aura qui, cependant, émaner de lui du fait de quelques petits succès qui avaient donc permis à son éditeur de le faire pénétrer dans un cercle qui, autrement, lui aurait été irrémédiablement fermé !

 

Ouf !

 

L'exercice est éreintant et je ne le maîtrise certainement pas aussi bien que Jack-Alain Léger, loin de là. Construire une narration sur une phrase interminable de digressions alambiquées est compliqué ! Pour le lecteur qui doit être mené avec douceur afin de ne pas le perdre dans des dédales infinis. Mais également pour le narrateur qui doit maîtriser le ponctuation afin de ne pas perdre le souffle, perdre le fil, perdre le sens.

 

Même si ce n'est pas mon style d'écriture préféré, j'avoue que j'aime bien cet exercice de haute voltige et, pour peu que cela soit maîtrisé et réussi, c'est vrai que j'éprouve un certain plaisir à me laisser mener ainsi, un peu comme dans un rêve qui passe du coq à l'âne ! Le seul fait de savoir que le narrateur ne va pas tarder à me remettre sur les rails est rassurant et laisse tout loisir pour profiter de la divagation.

 

Voilà pour le style !

 

Le roman, quant à lui, n'en est pas un. Sous ce couvert un peu trop transparent se dessine une autobiographie dont il nous est annoncé, dans le courant du texte, six autres volumes à venir !!!… A l'issue du point final de ce premier opuscule, est esquissée la table des matières de ces suites qui pourraient nous attendre. L'un des titres (« Me, myself & I ») semble donner un certain éclairage à l'état d'esprit de l'auteur : un peu égocentrique, un peu misanthrope.

 

Si je suis assez tenté d'abonder dans son sens quant au regard porté sur certaines gens, je suis encore très loin des sévères rancœurs et solides inimitiés qu'il a pu lier et sur lesquelles je me suis pas totalement en phase (pure litote) lorsque surgit, au détour d'une page, l'insulte ou l'attaque physique.

 

Bref, Jack-Alain Léger, tout au long des nombreux allers-retours entre sa mère, son enfance, ses expériences plus ou moins heureuses de chanteur ou d'écrivain ou ses autres objets de prédilection, égratigne à qui mieux-mieux ici les psychiatres, là les éditeurs, ou les traducteurs, ailleurs Derrida ou Lazareff, ironise sur la vie, les autres et parfois lui-même et écrit, écrit, écrit,….

 

C'est vrai qu'il m'a fait aimer le style. C'est vrai aussi que quelques écarts de verbe n'étaient pas très utiles. C'est vrai enfin que l'égocentrisme du propos limite diablement l'envergure d'un ouvrage dont je dirais, parodiant le Canard, qu'on peut ne pas le lire.