Zombie, mon semblable, mon frère...

Clément Solym - 19.09.2012

Livre - philosophie - mort-vivant - zombie


En 1968 sortit Night of the Living Dead, film d'horreur mettant en scène des créatures que l'on connaissait mal. Des cadavres revenant à une forme d'existence, principalement motivés par la faim et qui, bras tendus, maugréaient quelques sons informes, avant de s'attaquer à tout ce qui leur passait sous les dents. Le zombie venait de naître au cinéma, et sa réputation n'aurait de cesse que de grandir. 

 

Et puis, vint en novembre 1982 l'album magique de Michael Jackson, Thriller, et son titre phare. Dans le clip, vu, revu et archivu, le chanteur se changeait en loup-garou, après s'être métamorphosé en zombie, dans une chorégraphie célébrissime.

 

Depuis 2003, c'est la série The Walking Dead de Robert Kirkman et Tony Moore qui achève d'asseoir le règne des morts-vivants. Mais les déclinaisons ne peuvent se résumer à ces quelques exemples, si évocateurs soient-ils. Car entre temps, des dizaines de films, des jeux vidéo à n'en plus savoir quoi faire qui ont vu le jour.

 

Toute une culture underground, qui place le zombie au rang de créature fétiche - pour preuve, à Bercy village, doit se tenir une zombie party, manifestation populaire où l'on se grime en cadavre, pour venir déambuler, dans un rythme saccadé et mécanique...

 

Le zombie, donc, est devenu une super-star. Et dans son ouvrage, Maxime Coulombe décortique non seulement la mythologie et les légendes, mais également la relation que l'humain bien vivant entretient à l'égard de ce cadavre animé. La fin de l'humanité, thème si précieux chez les gourous de secte, n'est-elle pas la vocation première du zombie ? Foin d'une surhumanité, c'est une espèce macabre qui envahirait la planète, dotée d'un solide appétit, et d'une tendance à l'anthropophagie, voire au cannibalisme, tout simplement. 

 

 

 

 

« Figure du double, figure du refoulé et figure d'apocalypse », c'est au travers de ce triple prisme que l'on passe en revue les chairs nécrosées qui subliment l'horreur, dans l'imaginaire global. Depuis les légendes haïtiennes - et pourquoi pas, le golem de la tradition judaïque - pour arriver au film de Romero en 68, et tous les dérivés qui s'en suivront, le zombie est avant tout une créature capable d'évoluer. 

 

Cette sorte de rescapé de l'enfer, refusé par les flammes, revient sans même la mission de hanter les vivants, avec une double activité : manger ou attendre de manger. Un tel manichéisme - proche du chat, qui ajoute cependant le jeu... - est sidérant, et ajoute encore au dégoût qu'inspire la créature. Devant la décomposition morte qui donne la mort - le zombie est une maladie transmissible par simple morsure - quel est le regard que l'homme pose sur lui-même ?

 

Expression de la déréliction d'une humanité privée de dieu, peut-être, mais avant tout un double révélateur, plus expressif que le portrait de Dorian Gray, à qui il doit pourtant beaucoup, le zombie est ici mis à nu, s'il est possible, et comme jamais. Et pourtant, si le zombie est un nuisible, sa maladresse et son comportement mécanique le rendent assez drôle - tant qu'il se tient à distance. Nul doute qu'il a de quoi nous en apprendre sur la condition humaine, ses angoisses et ses motivations. 

 

Avec finesse, humour (il en faut, tout de même) et une grande érudition, Maxime Coulombe ne verse pas dans la démonstration. Il philosophe, autour du zombie, joue avec et manipule les concepts qu'il renferme.

 

Voire, avec tous les paradoxes que cela implique, qu'il incarne