Zozo, chômeur éperdu, de Bertrand Redonnet

Clément Solym - 29.11.2010

Livre - homme - occupations - neolithique


Dans ces années de la deuxième moitié du XXe siècle, dans cet après-guerre où le travail de reconstruction du pays et le boom économique font du plein emploi la règle, Zozo vit à contre temps. Zozo est un drôle de zozo. Lui, il préfère être chômeur.

Pour s’occuper de Pinder, par exemple, nom systématiquement donné à tous les cochons que, année après année, il engraisse et qui termineront non moins systématiquement en boudins, saucisses et autres charcuteries cuisinées par Madame Zozo.

Mais aussi, pour s’occuper des lapins, des poules, du jardin…

Sans parler des longues journées de chasse qui le ramènent pourtant régulièrement, bredouille à la maison ! Au moins, avec les nasses dans la rivière, le braconnage lui permet de ramener du menu fretin sur la table. Mais être chômeur en ces périodes où le plein emploi fait rage n’est pas de tout repos et c’est avec beaucoup de réticences que Zozo se voit contraint, sous la menace explicite de sanctions financières sur ses indemnités de chômage, d’accepter des travaux que le Maire de la Commune lui impose.

Après un accident du travail (!), Zozo reprend de plus belle ses occupations favorites et ses promenades en forêt, avant l’ouverture, afin de repérer quelques gibiers qui, faut-il le rappeler, n’auront pas de soucis à se faire quand tonnera le fusil de Zozo. Ce qui n’était pas le cas, autrefois, de celui de son ancien instituteur avec lequel il chassait parfois. Et comme la femme de ce dernier détestait dépecer, plumer ou cuisiner le gibier, c’est dans la gibecière de Zozo que terminaient lièvres, perdreaux, grives ou ramiers.

C’était un bon temps maintenant révolu, car chômeur, c’est un travail à temps complet.

Avec un parler du terroir détonnant, Bertrand REDONNET s’en donne à cœur joie pour nous dresser quelques portraits très hauts en couleurs des personnages qui traversent ce petit roman au style très singulier. Autour de Zozo, de Madame Zozo et du fiston Zozo, c’est de quelques personnalités éminentes du village dont il est quasi fait une caricature.


De Monsieur le Maire au Président de la Chasse, de l’ancien instituteur au chevrier communiste qui lutte farouchement dans l’opposition municipale, des gendarmes à Madame Zozo, ce ne sont que truculences qui se succèdent avec bonheur au fil des pages.

Le vocabulaire et la syntaxe hésitent parfois entre un français approximatif et un patois rocailleux et imagé donnant ainsi un ton particulièrement singulier à cette fresque champêtre dans laquelle se débat comme un beau diable, un paresseux heureux de vivre, un bon vivant solitaire, car peu « partageux », un bonhomme surtout occupé à faire en sorte qu’on lui donne ses allocations et qu’on le laisse tranquille : au fond, n’est-ce pas ce qu’il fait si bien, lui, avec les autres ?

Faut-il voir dans ce roman humoristique un message que son auteur voudrait nous faire passer ? Pas sûr !
Même s’il semble avoir pris le parti de ce « Raboliot » nouvelle formule auquel il n’attribue un fusil que pour avoir l’excuse d’aller à la chasse sans risquer de faire du tort au gibier !

Peut-être quand même ! Car finalement, les travers de l’âme humaine qu’il nous met en scène forment un fil conducteur qui confirme que le plein emploi ne fait rien à l’affaire : la jalousie, la mesquinerie, l’envie, la moquerie seront toujours largement mieux partagées que la sympathie et la générosité !

Zozo a beau être un sacré zozo, il m’est apparu éminemment sympathique et, en tout cas, beaucoup plus que tous ces membres de la société de chasse, entre autres. Quant à la plantureuse et pourtant si discrète Madame Zozo, elle n’en a pas fini de vous étonner, comme moi ! Au seul motif du langage savoureux que Bertrand REDONNET met à l’œuvre dans ce petit roman, je vous recommande ces quelques instants de plaisir sans « chichi » !


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