Chiisakobé ou le nouveau Quartier Lointain

Nicolas Gary - 15.02.2016

Manga - Chiisakobé - Quartier Lointain


Exit l’ambiance suffocante et poisseuse de Dragon Head (éditons Pika), Minetaro Mochizuki, l’auteur de Chiisakobé (Éditions Le Lézard Noir) adapte magistralement le roman de Shûgoro Yamamoto, Le serment de Shigeji, paru au Japon dans les années 1960. Décryptage d’une pépite.

Par Matthieu Morvan, libraire de la librairie Cook&Book

 

 

 

Pour Shigeji, c’est la catastrophe. Un incendie vient de ravager l’entreprise familiale, Daitome. Un drame auquel ses parents n’ont pas survécu. La situation est dès lors plus que critique, les employés ne voyant pas en Shigeji l’homme de la situation capable d’inverser cette effroyable spirale. Introverti, ayant à de maintes reprises quitter le Japon pour voyager, et affublé d’une barbe couvrant la quasi-totalité de son visage, Shigeji n’a rien du chef d’entreprise nippon classique. Bombardé par la force des choses à la tête de Daitome, le jeune homme va, contre toute attente, décider de prendre le taureau par les cornes afin d’éviter une banqueroute plus que probable. 

 

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, Shigeji doit également prendre en charge l’hébergement temporaire des apprentis désormais sans toit depuis l’incendie. Il lui faut dès lors se tourner vers une ancienne amie d’enfance, Ritsu, jeune femme à tout faire au caractère bien trempé, résolue à venir en aide aux orphelins du quartier quitte à les installer dans la maison familiale de Shigeji…

 

La gestion des affaires courantes risque de ne pas être de tout repos ! 

 

Alors que le roman se déroulait dans les années 60, Mochizuki a eu la bonne idée de le transposer dans un Japon contemporain, mettant ainsi en évidence une des clés de lectures de cette série : son extraordinaire accessibilité. 

Qu’ils soient amoureux amicaux ou simplement courtois, les rapports humains au Japon peuvent s’avérer complexes du point de vue du néophyte, de surcroît s’il est occidental. Pour autant, Mochizuki parvient à dépeindre cette chronique sociale avec une facilitée déconcertante, alternant les séquences dramatiques, moments comiques et instants contemplatifs de façon très équilibrée. 

 

 

 

Et que dire du découpage ! Les plans sont d’une extrême variété (gros plan, plan américain, et témoignent d un souci du détail, renforcé par les vêtements des principaux protagonistes, souvent tirés à quatre épingles [a-t-on déjà vu un maître charpentier travailler sur un chantier chaussé d’Alden dernier cri ???!!] 

 

On l’aura compris, ces deux premiers volumes sont d’une élégance et d’une finesse rares, et rappelleront sans peine à bon nombre de lecteurs l’inévitable Quartier Lointain de Jirô Taniguchi, l’humour en plus. Dénichée par l’éditeur Le Lézard Noir, cette pépite se veut une excellente porte d’entrée pour découvrir l’univers si vaste de la bande dessinée japonaise et ira très bien dans votre bibliothèque [ou votre garde-robe ?] c’est en tout cas à mettre entre toutes les mains ! 

 

Chiisakobé de Minetarô Mochizuki d’après le Roman de Shûgorô Yamamoto, Editions Le Lézard Noir, deux volumes parus, 204 et 212 pages

 


Pour approfondir

Editeur : Le Lezard Noir
Genre : mangas / manwha...
Total pages : 200
Traducteur : miyako slocombe
ISBN : 9782353480791

Chiisakobe t.1 ; le serment de Shigeji

de Minetaro Mochizuki

Shigeji, jeune charpentier, perd ses parents et l'entreprise familiale, " Daitomé ", dans un incendie. Se rappelant les paroles de son père, " quelle que soit l'époque dans laquelle on vit, ce qui est important, c'est l'humanité et la volonté ", il fait le serment de reconstruire Daitomé. Mais son retour à la maison natale s'accompagne de l'arrivée de Ritsu, amie d'enfance devenue orpheline et qu'il embauche comme assistante, et de cinq garnements au caractère bien trempé échappés d'un orphelinat. La cohabitation va faire des étincelles. Adaptation du célèbre roman de Shûgorô Yamamoto situé dans la période Edo et que Minetarô Mochizuki transpose dans le Japon d'aujourd'hui, Chiisakobé attire d'abord le regard par son dessin pop.

J'achète ce livre grand format à 15 €