Journal de ma solitude : s’accepter, jour après jour

Lucie Ancion - 01.09.2020

Manga


MANGA MANHWA - Dépression, anxiété, mal-être profond et difficultés à couper le cordon avec sa famille : le quotidien de Kabi Nagata est loin d’être aisé. Après s’être mise à nu dans Solitude d’un autre genre, la mangaka lesbienne japonaise revient avec Journal de ma solitude, un ouvrage traitant délicatement de sujets difficiles, retraçant son chemin pour apprendre à s’aimer.
 
 
 
Comment s’aimer quand on est en dépression depuis dix ans, qu’on travaille depuis chez ses parents sans amis, et qu’on manque cruellement d’affection ? C’est la réponse à cette question que Kabi Nagata cherche au quotidien, tout en tenant une longue conversation avec elle-même à travers ce manga écrit sur plusieurs années. Une véritable quête de soi partant du plus bas, en même temps qu’une lutte pour guérir et devenir plus forte.
 
Kabi Nagata a longtemps vécu de petits boulots tout en restant chez ses parents et sa grand-mère, bien qu’elle les déteste. Pourtant, elle considère sa mère comme son seul soutien et voudrait être en permanence collée à elle. Après avoir réalisé son homosexualité, Kabi est allée voir une prostituée et en a tiré un premier ouvrage, Solitude d’un autre genre (qui parle aussi de sa dépression et de ses troubles alimentaires). La publication de ce dernier conduit sa famille et ses futures rencontres à connaître bien des détails de son intimité…
 
Dans ce nouveau manga, particulièrement personnel puisque chaque chapitre se présente comme une lettre adressée de l’auteure à elle-même, nous découvrons la dureté d’un quotidien rongé par la dépression. Mais sous la plume légère et le dessin épuré de Kabi Nagata, même les sujets les plus poignants et les plus complexes à aborder deviennent lisibles par tous (mais non moins bouleversants).
 
D’un chapitre à l’autre, les semaines et les mois passent, et l’interrogation se poursuit. Kabi cesse de manger à l’excès mais sombre dans l’alcool. Kabi déménage mais retourne vivre chez ses parents après six mois. Kabi pense détester son père mais pleure dès que celui-ci se montre gentil. En bref, jour après jour, les certitudes s’effritent, et d’autres vérités viennent les remplacer. Souvent, l’auteure trouve sur internet conseils et clés de vie qu’elle applique à sa propre existence, nous démontrant ainsi leur utilité ou au contraire leur faiblesse.
 
Journal de ma solitude donne à voir la complexité des rapports familiaux (et notamment leur spécificité au Japon), la lutte incessante pour se battre contre ses pensées noires, et le chemin sinueux à emprunter pour aller mieux. Au travers de tout ressort la nécessité primordiale de l’amour et des liens, mais aussi de la découverte et de l’estime de soi. Les dessins et le ton légers renforcent le caractère plus émouvant que sombre de l’œuvre. En quelques traits simples, on sent vibrer toute la force des émotions des personnages représentés. 
 
Kabi Nagata, à travers une sincérité permanente, se met véritablement à nu. L’homosexualité de l’auteure apparaît dans l’œuvre sans être l’un de ses thèmes. Il n’est pas question ici de l’acceptation de soi par rapport à son orientation : l’auteure est lesbienne, mais souffre de n’avoir personne à aimer. Sa famille ne la rejette pas pour qui elle est, mais parce qu’elle trouve honteux de reprocher tant de choses à ses parents dans un livre publié. Ainsi, contrairement à ce que le bandeau chercherait à nous faire croire, si l’œuvre traite d’un coming out, c’est de celui de personne atteinte de dépression. Le livre parle également du quotidien d’auteur, du travail en solitaire, et des rapports que l’on entretient avec son public notamment dans le contexte de mangas prépubliés en ligne.
 
 
Ce manga grand format de près de 300 pages inclus également une histoire courte de la même auteure, cette fois non autobiographique, mais agissant comme une métaphore par rapport au récit précédent et aux attentes de la société japonaise en général, tout étant touchante et amusante.
 
 
 
Kabi Nagata, trad. Manon Debienne et Sayaka Okada - Journal de ma solitude – Pika – 9782811656058 – 25 €
 


Commentaires
J'avais adoré Solitude d'un autre genre... J'ai évidemment adoré le journal ! Les dessins sont toujours aussi jolis et le rose fait grand contraste avec les sujets abordé. Gros TW sur : dépression, scarification, hôpital (psy)
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Pour approfondir

Editeur : Pika
Genre : manga
Total pages : 352
Traducteur :
ISBN : 9782811656058

Journal de ma solitude

de Nagata, Kabi

Chère Kabi Nagata, C'est Kabi Nagata. Comment vas-tu ? Après Solitude d'un autre genre , livre dans lequel j'illustrais ma vie autour de ma rencontre avec une prostituée lesbienne, je commence la tenue de ce journal que je t'adresse afin de poursuivre ma démarche introspective. Car depuis que mon livre est paru, il faut vivre ma vie "d'après" : les effets sur ma famille de ma... mise à nu et de mon coming out, les critiques de lecteurs, mes premier pas vers l'indépendance, l'amitié... Sans oublier l'amour, maintenant que j'ai affirmé ma sexualité. Aujourd'hui encore, je cherche qui je suis et comment je peux être moi-même.

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