La plaine du Kantô tome 1 de Kazuo Kamimura

Clément Solym - 12.02.2011

Manga - plaine - kanto - kazuo


Kana poursuit l'exploration des oeuvres du « créateur d'estampes de Shôwa », Kazuo Kamimura, avec l'édition du tome 1 de La plaine du Kantô. Dans ce titre, le mangaka se penche sur une période très troublée au Japon, celle de l'immédiat après-guerre.

L'histoire :
En août 1945, juste après la capitulation du Japon un avion américain s'écrase dans un champ dans la région de Chiba. Les paysans s'approchent du pilote rescapé, prêts à lui faire passer l'arme à gauche. Heureusement, un vieil homme qui semble parler anglais s'interpose et sauve la vie du pilote. Le vieil homme c'est le grand-père de Kinta, un enfant qui va faire l'apprentissage de la vie dans un Japon meurtri par sa défaite et occupé par l'armée américaine.


Peinture de l'immédiat après guerre
Avec La plaine du Kantô, on constate encore une fois toute l'étendue du talent de Kazuo Kamimura. Le mangaka dépeint avec ardeur cette période d'un Japon humilié par sa défaite, occupé par des « démons » occidentaux, tentant de toutes ses forces mais sans trop savoir comment de se reconstruire. On notera par exemple le rôle des yakuza dans la reconstruction et le trouble des autorités en charge de l'éducation face aux nouveaux programmes. Tout cela constitue une toile de fond qui se découvre, se ressent, au travers des personnages adultes, eux-mêmes perçus par le jeune Kinta. Inutile de préciser qu'il s'agit d'une période violente, où les passions se déchaînent facilement. La sexualité n'est pas épargnée non plus par ce malaise et les relations présentées dans cet ouvrage ne sont jamais très saines.

Si l'essentiel des personnages est désorienté, Kinta lui, mène sa vie d'enfant simplement et regarde l'air interrogateur le monde qui l'entoure. Ce décalage entre le monde des adultes et celui des enfants permet au lecteur quelques petites respirations. Cela dit, le monde des enfants n'est pas simple non plus. On pourra aussi s'interroger sur de possibles pistes autobiographiques, le personnage de Kinta étant né à la même époque que le mangaka - d'autant qu'il se destine à devenir dessinateur. Le sous-titre du manga, « images flottantes de la jeunesse », tend aussi à soutenir cette hypothèse.

Entre réalisme et flou vaporeux
Au niveau du dessin, on reconnaît du premier coup d'oeil le style particulier de Kamimura, avec des personnages aux visages ronds ou ovales, très réalistes. Les décors sont généralement clairs et très détaillés mais il arrive que le mangaka les enveloppe dans un flou vaporeux. Un changement stylistique qui donnera d'autant plus au lecteur l'impression d'être sur place. Attention aux âmes sensibles toutefois, certains dessins sont durs et les scènes de sexe sont explicites (même si l'auteur ne s'attarde pas dessus non plus). L'ouvrage est donc à réserver à un public averti.

Avec La plaine du Kantô, Kazuo Kamimura signe une oeuvre forte et troublante. Une esquisse du paysage japonais de l'immédiat après-guerre enveloppé par les souvenirs vaporeux d'un grand observateur de son époque. Un ouvrage que l'on vous recommande très chaudement à condition de n'être pas trop sensible.

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