Lorsque nous vivions ensemble tome 2 Kazuo Kamimura

Clément Solym - 12.02.2010

Manga - lorsque - vivions - ensemble


Lorsque nous vivions ensemble est la série qui a rendu célèbre le grand Kazuo Kamimura. Le premier tome donnait la mesure avec une critique de la société nippone des années 70, mais aussi une plongée dans l'intimité d'un couple non marié et bien au-delà une profonde réflexion sur l'amour et les relations entre un homme et une femme. Le tome 2 s'annonce d'entrée comme beaucoup plus sombre et beaucoup plus désespéré.

L'histoire :

Nous retrouvons Jirô et Kyôko dans leur quotidien, seulement dès les premières planches on sent que quelque chose ne va pas, quelque chose ne fonctionne plus. Les incompréhensions, et les non-dits, la peur du mariage semblent peser sur Kyôko. Elle consulte un médecin qui lui conseille de changer de vie, de quitter Jirô ou de l'épouser sous peine d'être « perdue ».

Kyôko ne se fiant qu'à son amour se moque bien d'être « perdue » tant qu'elle se trouve aux côtés de Jirô. Un nouvel élément va pourtant changer la donne. Kyôko est enceinte. Jirô est-il prêt à assumer un enfant ? Est-il décidé à se passer de sa liberté pour passer, le reste de ses jours avec Kyôko ? Lui qui semble pourtant peu attiré à l'idée de se marier avec elle...

Une oeuvre puissante et cohérente

Donner un résumé de l'histoire de Lorsque nous vivions ensemble, n'est pas chose aisée. Et pour être honnête, le résumé ci-dessus est loin de faire honneur à cette oeuvre. Difficile de retranscrire toute la force, toute la beauté et toute la dureté. Ceux qui auront lu le premier tome le savent, la saveur de Lorsque nous vivions ensemble ne tient pas dans l'histoire en elle-même mais dans la façon dont elle est traitée.

Cette oeuvre est tellement cohérente, qu'il est presque absurde de parler du scénario seul, des poèmes seuls ou des dessins seuls. Il s'agit d'un tout, parfaitement organisé dont ce dégage une ambiance particulière et captivante. Les lecteurs qui sont arrivés à la fin du premier tome, replongeront sans mal dans cet univers comme s'ils n'avaient jamais quitté Jirô et Kyôko, comme s'ils étaient intégrés dans cette histoire mais toujours avec le sentiment d'être un peu étranger.

Après nous avoir fait vivre l'insouciance d'un amour fort et non officiel, nous avoir fait sentir la pression de la société sur ce jeune couple et les petites tensions et incompréhensions qui le font parfois vaciller, Kazuo Kamimura nous entraîne vers une facette plus sombre. Dans ce tome 2 l'ambiance s'alourdit, la vie nous apparaît plus sombre, plus dure, plus absurde. Les poèmes, leitmotiv de cette oeuvre, se gorgent d'un nouveau sens. Comme Jirô nous mangeons de « la glace aux larmes de Kyôko » et pensons avec Kamimura :

« Et si l'amour se termine toujours par des larmes...
... C'est certainement parce que l'amour lui-même est un réservoir de larmes
 »


C'est un sentiment d'apathie et d'impuissance qui nous gagne face à une pression de la société bien plus forte. Si puissante que tout devient dénué de sens, si destructrice que le désespoir s'installe et prend la place centrale. Toutes les petites frustrations, toutes les petites incompréhensions ont germé pour donner naissance à la folie qui elle aussi s'étend sur tout ce tome. Les dessins eux-mêmes sont devenus plus sombres, les personnages sont déformés par leurs sentiments, par la folie engendrée par cet amour. Certaines planches sont même à la limite du surréalisme.

L'espoir reviendra-t-il dans le prochain tome ? Rien n'est moins sûr, après la tempête et le calme désespoir qui ont suivi leur histoire, Jirô et Kyôko devront encore trouver leur place dans la société et l'un par rapport à l'autre. Quant aux lecteurs, ils auront certainement à prendre un moment pour se déconnecter de cette oeuvre, qui leur aura fait vivre tant de choses. Tout comme, il est toujours difficile de s'arracher à une oeuvre d'art.

Préface signée Jirô Taniguchi

Enfin, un petit mot sur la préface qui est signée d'un autre grand maître en matière de manga, Jirô Taniguchi. Une préface écrite pour la version française de Lorsque nous vivions ensemble, dans laquelle le mangaka exprime toute son admiration avec beaucoup d'humilité pour Kazuo Kamimura. Un maître pour lequel il a travaillé pendant 6 mois en tant qu'assistant. Un maître qu'il surnomme comme d'autres Le génie de l'ère Shôwa (1926-1989) et dont dit-il les oeuvres « sont au fond très japonaise, mais je suis certain que leur style et leur ambiance particulière, ainsi que la qualité des histoires sauront séduire de nombreux lecteurs français ».