Syndrome 1866 de Naoyuki Ochiai

Clément Solym - 12.04.2010

Manga - syndrome - 1866 - delcourt


Syndrome 1866 aux éditions Glénat manga est une adaptation libre, mais tout aussi violente de Crime et Châtiment. Ce célèbre roman de Dostoïevski a été publié en 1866, d'où le titre de la série. Tout comme dans l'oeuvre originale, on retrouve un héros torturé, rongé par sa conscience et qui rejette la société dans laquelle il vit. Ici le théâtre de l'histoire n'est plus la Russie du XIXe siècle, mais le Japon contemporain. Pas d'usurière dans Syndrome 1866 donc, mais une ado proxénète et un étudiant révolté : Miroku.

Syndrome 1866 Crime et Châtiment au coeur de Tokyo

Miroku, un jeune étudiant, qui rappellera sans doute Raskolnikov à nombre d'entre vous, est en proie à une forte crise existentielle. Un peu à la façon du héros de Dostoïevski, Miroku se fait souffrir en vivant en marge de la société dans la déchéance, ici on parle de Neet. (Un peu comme un noLife qui se serait coupé du monde). Il a arrêté ses études alors qu'une vie correcte, mais banale s'offre à lui et que sa soeur va bientôt se marier à un petit bourgeois pour subvenir à ses besoins...

Miroku un nouveau Raskolnikov

Notre jeune héros rejette la morale qui régit la société dans laquelle il évolue. Il rejette la « morale collective », et se demande pourquoi tout le monde ferme les yeux alors que des lycéennes, à peine plus jeunes que lui se prostituent, se livrant ainsi à des adultes qui devraient les protéger... Pour lui, ce monde est pourri. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Miroku estime que le monde a besoin d'un sauveur et que ce sauveur ça serait lui... Il s'en est convaincu un peu à la façon de Raskolnikov qui prend à partie les agissements de Napoléon « Si un jour, Napoléon n’avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n’aurait fait attention à lui, et il serait demeuré un inconnu. » Miroku, lui, appuie sa théorie sur l'intervention télévisée d'un militaire américain qui légitime des pertes civiles lors d'une opération armée... « Nous leur apporterons la liberté et la démocratie. Ne pensez-vous pas qu'à lui seul, l'accomplissement de cette juste cause rachètera le sang versé ? ». Il pense que la société dans laquelle il évolue est pourrie et qu'il doit délivrer sa soeur, ses camarades et le reste des gens en prenant la responsabilité de punir les personnes qu'il estime responsables de ce mal... Un peu à la façon de ces hauts dignitaires qui se salissent les mains pour le bien de la communauté...

Miroku fait des rêves de surhomme. Ainsi, il rêve de tuer Hikaru, l'adolescente proxénète et d'éliminer son entreprise du sexe, celle qu'il estime en partie responsable de toute cette dépravation. Il se lance dans une enquête qui lui permettra d'infiltrer le réseau, mais se retrouve très vite enfermé, dans une spirale malsaine. Tout comme le héros qui a inspiré sa naissance, ce voyage au coeur des ténèbres qui habitent l'humanité ne le laissera peut-être pas indemne...

Toutefois que se soit pour Miroku ou Hikaru il est impossible d'être un adulte accompli dans un monde où l'on vous abandonne et ou les adultes assouvissent leurs pulsions animales avec vos camarades... Ainsi, les deux protagonistes n'ont pas des systèmes de pensée si opposés. Seule la justification de leur « cause » diffère...

Naoyuki Oroi arrive en France avec un titre fort

Naoyuki Oroi n'est pas encore connu en France, mais ce travail sur l'oeuvre de Dostoïevski est une réussite. Cette série a d'ailleurs été saluée sur l'île du soleil levant à la télévision et dans divers magazines pour son bien fondé. Plus qu'une simple adaptation, Naoyuki Oroi, bouleversé par sa lecture de l'oeuvre originale, est parvenu à transférer les émotions et les thèmes principaux de Crime et châtiment dans ce manga pour en faire un seinen pertinent qui traite de thème lourd de la société contemporaine... Il a adopté un scénario clair, intelligent avec tous les éléments clefs nécessaires au parallèle avec le livre qui l'a inspiré sans clin d'oeil superflu.

Le dessin du mangaka ne paye pas de mine, mais il est efficace, réaliste en parfait accord avec la violence de l'histoire. Les planches ne sont pas particulièrement sombres, mais il y a quelques choses de glauque qui s'en dégage... La société corrompue et dépravée dépeinte dans cette histoire est très bien représentée au travers de chaque page et les protagonistes, notamment le trio central, le héros (Miroku), Hikaru et Risa sont très bien représentés et Naoyuki Oroi traduit à la perfection leur « déviance »...