1,5 million € pour une Torah imprimée en 1482 à Bologne

Cécile Mazin - 11.03.2014

Edition - Economie - Pentateuque - Torah - vente aux enchères


Estimée entre 1 et 1,5 million €, la Torah qui sera mise en vente le 30 avril prochain est un incunable rare que la maison d'enchères Christie's Paris n'est pas peu fière de présenter. Le département des livres et manuscrits présente ainsi un ouvrage qui fait figure de « tournant majeur » pour l'imprimerie et plus encore, dans l'histoire du livre hébraïque. Il fut imprimé en janvier 1482, à Bologne…

 

 

 

 

Premier manuscrit contenant les cinq livres qui composent le Pentateuque, on y retrouve également des signes de vocalisation et de cantillation. « C'est également la première fois que le texte biblique imprimé est encadré par le commentaire de Rashi et la paraphrase en araméen (Targum Onkelos). Preuve de l'importance de cette édition, cette forme est toujours en usage aujourd'hui pour l'impression des Torah. »

 

Essentielle à la lecture et à la psalmodie du texte de la Torah, l'adjonction des signes de vocalisation et de cantillation représentait pour les imprimeurs du XVe siècle un défi de taille. Abraham ben Hayyim de Pesaro fut le premier parmi eux à surmonter cette difficulté technique lors de l'impression de ce Pentateuque. Cette première gageure remportée, il eut également le talent et l'intelligence d'accompagner le texte biblique des commentaires de Rashi afin d'en faciliter l'étude simultanée. La plupart des exemplaires furent imprimés sur vélin conformément aux préceptes de la Loi.

 

L'exemplaire porte in fine la signature de trois censeurs des XVIe et XVIIe siècles, attestant sa présence dans une bibliothèque italienne au moins jusqu'à la moitié du XVIIe : Luigi de Bologne en 1599, Camillo Jaghel en 1613 et Renato de Modène en 1626. Les censeurs avaient pour tâche de procéder au recensement et à la vérification de tous les textes, manuscrits ou imprimés, afin d'en autoriser ou non la possession et la circulation. En témoigne le texte du commentaire de Rashi, ici biffé ou gratté à plusieurs reprises.

 

Depuis les cent dernières années, seuls deux exemplaires de cette rare édition sont passés en vente aux enchères : le premier en 1970, imprimé sur vélin et complet, le second en 1998, imprimé sur papier et incomplet de huit feuillets. Le Pentateuque présenté en avril prochain est imprimé sur vélin, complet (hormis le dernier feuillet blanc) et d'une fraîcheur exceptionnelle.

 

Deux ans après l'éclatant résultat obtenu chez Christie's à Paris par le Mahzor vendu en mai 2012 et record du monde pour un manuscrit hébreu enluminé, le département des livres et manuscrits présente pour la seconde fois un livre hébraïque d'une insigne importance. D'aucuns considèrent qu'avec la Bible de Gutenberg, il s'agit d'un des livres les plus précieux au monde.