10.000 soldats pour envahir les banlieues françaises ?

Clément Solym - 07.10.2010

Edition - Les maisons - armée - défense - quartiers


L'information est sortie aujourd'hui, par le biais du dernier numéro d'Armées, une publication officielle du ministère de la Défense. Selon un texte daté du 3 mai 2010, l'armée peut engager 10000 hommes sur le territoire national en cas de crise majeure.

Pour éviter toute dérive, il faut alors définir une « crise majeure ». Le préfet François Lucas, à l'époque directeur de la protection et de la sécurité de l'État au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) l'explique dans Armées : « [C'est] un évènement - pandémie, attaque terroriste, catastrophe, crise d'ordre public - dont la gravité et la portée conduisent les autorités gouvernementales à activer le dispositif interministériel de crise ».


Au cas où vous n'auriez pas remarqué, l'armée intervient déjà pour prêter main-forte aux secours civils lors de crises naturelles. Et aide la gendarmerie dans le cadre des plans Vigipirate. Le « contrat opérationnel 10000 hommes » dont le caractère « confidentiel défense » a été souligné à l'AFP par le SGDSN vient donc renforcer ces « habitudes ».

Pourquoi ?

Selon l'écrivain journaliste indépendant Hacène Belmessous (Le Nouveau Bonheur Français et Mixité Sociale, Une Imposture), cette loi n'est pas un hasard. Dans son livre à paraître aujourd'hui, Opérations banlieues, comment l'État prépare la guerre urbaine dans les cités françaises (éditions la Découverte) l'auteur affirme que ce plan vise à déployer une force armée dans les banlieues difficiles : « [La loi] vise un seul territoire qui absorbe l'entière attention de Nicolas Sarkozy depuis les émeutes de l'automne 2005 : les quartiers sensibles ».
 
Le journaliste cite comme base une étude confiée, après les émeutes de 2005, à la société privée Eurocrise par la Délégation aux affaires stratégiques (Das) du ministère de la Défense. Cette étude est pour la preuve d'une « inquiétante dérive vers la préparation d'une guerre totale contre les territoires perdus de la République ». Un constat alarmant s'il en est. Affabulation commerciale ou réelle dérive sécuritaire ?