10 ans de BAnQ : "La bibliothèque, la nuit", mirages et voyages virtuels

Justine Souque - 27.10.2015

Edition - Bibliothèques - BAnQ bibliothèques - Alberto Manguel - nouvelles technologies Hyperliens


« Prose courante et poésie, planètes brillantes et pâles galaxies affluaient à la croisée de ma mansarde, nuit après nuit. » (Vladimir Nabokov, Autres rivages, traduit de l’anglais par Yvonne Davet, Gallimard, 1989). Les ombres de l’écriture et de la lecture – protéiformes – sont souvent projetées sur les murs familiers de notre bibliothèque, dévoilées par un éclairage tamisé.

 

 

 

La compagnie Ex machina, dirigée par l’artiste multidisciplinaire Robert Lepage, a souhaité prolonger les charmes et interrogations nocturnes de la littérature à l’occasion des 10 ans de la Grande Bibliothèque, avec l’exposition La bibliothèque, la nuit. Ce projet ambitieux, d’après l’idée originale de Nicole Vallières, directrice de la programmation culturelle de BAnQ, a été élaboré pendant plus de 2 ans avant d’être présenté au public du 27 octobre 2015 au 28 août 2016. Inspirée de l’ouvrage éponyme d’Alberto Manguel, écrivain canadien d’origine argentine, cette installation – qui a lieu à la Grande bibliothèque, l’un des édifices de BAnQ – est également née d’une fructueuse collaboration entre l’auteur et Robert Lepage, amis de longue date. 

 

 

Alberto Manguel, La bibliothèque la nuit, coédition Leméac/Actes sud, 2006 

 

Une expérience sensorielle, émotive et intellectuelle hors du commun 

 

Nous entrons dans une forêt, métaphore de la bibliothèque comme lieu. Au sol, des pages imprimées ont remplacé l’humus nourricier, tandis que la cime végétale a laissé la place à des livres ouverts, tournés en direction d’un ciel étoilé. Dans la pénombre, des lampes vertes, disposées sur des tables en bois vernis, éclairent des chaises pivotantes sur lesquelles les visiteurs, en groupes (40 personnes maximum), prennent place. Installés, nous nous coiffons d’un casque, muni d’un masque, qui nous plonge dans une immersion tridimensionnelle VR 3D 360°, grâce au dispositif de l’Oculus Rift. Cette technologie, créant une réalité virtuelle des plus troublantes de par sa précision, permet une véritable appropriation des images qui sont projetées et animées sous nos yeux. 

 

Équipés, nous sélectionnons d’un coup d’œil l’un des 10 logos, chacun représentant une bibliothèque emblématique d’une époque. 10 invitations au voyage (d’une durée moyenne de 4 à 5 minutes chacune), à notre rythme, sans qu’aucun parcours ne soit imposé. Librement, nous promenons notre regard soit dans toutes les bibliothèques, soit dans quelques-unes d’entre elles, ou bien choisissons de revenir sur nos pas, guidés par la narration audio d’Alberto Manguel.

 

Immobiles, nous voyageons à travers le monde, depuis la bibliothèque, à la fois aérienne et aquatique, de José Vasconcelos (Mexico, Mexique), jusqu’à celle, réservée aux moines, de l’abbaye d’Admont (Alpes autrichiennes), en passant par la bibliothèque du temple Hase-Dera, véritable moulin de textes spirituels (Kamakura, Japon).

 

Abolissant les frontières spatiales, l’exposition repousse également les murs du temps, et nous voilà dans la légendaire bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte, ou dans celle, imaginaire, du Nautilus, reconstituée d’après les gravures illustrant l’œuvre de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers. Ces dix ambiances très différentes les unes des autres, propres à chacun des univers, nous les découvrons d’abord avec étonnement, submergés par toutes les possibilités offertes par l’immersion vidéo, puis avec attention et ravissements. Finalement, ne pouvant toucher les éléments, nous nous sentons comme des visiteurs fantômes, privilégiés, en communion avec les lieux. 

 

Nous regrettons seulement que le thème de la nuit, avec ce qu’il suggère de mystères et de fantaisies, n’ait pas été davantage mis en scène lors de notre exploration virtuelle. Selon nous, trois des dix projections l’ont parfaitement développé et sublimé : celle de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Paris, France), autrefois éclairée par des lampes à gaz, et dont l’architecture même a été pensée par Henri Labrouste selon l’alternance du jour et de la nuit ; celle de la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine, avant qu’elle ne soit consumée par les flammes pendant la guerre de Yougoslavie ; et celle de la Bibliothèque du Congrès, à Washington, dans laquelle nous descendons après l’heure de fermeture. Il n’en demeure pas moins que cette exposition, unique en son genre, nous offre une vision enchanteresse des bibliothèques – réelles ou fictives – et rappelle, dans un langage des plus poétiques, qu’en mettant à portée de main une si grande étendue de connaissance et de rêve, elles sont les emblèmes de nos civilisations.

 

Infos pratiques :

10, chiffre rond et leitmotiv de cet événement avec les 10 ans de la Grande bibliothèque (BAnQ), une visite virtuelle de 10 bibliothèques, et ceci pendant 10 mois. Notez que, pour que la magie opère, une réservation est obligatoire, en ligne uniquement. 

La bibliothèque, la nuit

Grande bibliothèque

Salle d’exposition, niveau M

475 Boulevard de Maisonneuve

Montréal (Québec), Canada

 

Réservez sa place sur banq.qc.ca Frais de billetterie (taxes incluses) 5 dollars canadiens pour les abonnés de BAnQ et 10 dollars canadiens pour les non-abonnés. (Abonnement gratuit pour les résidents du Québec). Entrée sans frais de billetterie tous les mardis, de 17 h 30 à 21 h 30. 

 

Ex machina : http://lacaserne.net/index2.php/exmachina/ 

Expo La bibliothèque, la nuit : http://www.banq.qc.ca/activites/expositions/bibliotheque_la_nuit.html