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10 ans de prison pour l'éditeur et opposant chinois Yiu Mantin

Louis Mallié - 09.05.2014

Edition - International - Xi Jinping - Censure - Prison


La cour de justice de la ville de Shenzen a condamné mercredi l'éditeur et dissident Yiu Mantin à 10 ans de prison. Motif ?  Contrebande de peinture industrielle. Si l'homme âgé de 72 ans a reconnu les faits, nombreux sont néanmoins ceux qui soupçonnent une raison politique à cette peine « injuste » et « lourde »...

 

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Xi Jinping

Thierry Erhmann, CC BY 2.0 

 

C'est pendant qu'il traversait la frontière en novembre dernier, que Yiu Mantin a été arrêté, puis incarcéré à partir de 27 octobre. Placé dans le département médical d'un centre de détention en raison de son état de santé, il devrait y purger une longue peine si ceux qui le soutiennent ne parviennent pas à infléchir le jugement. 

 

Établi à Hong-Kong en 1982, il y avait fondé Morning Bell Press en 2006, une maison destinée à la publication des oeuvres d'opposants politiques chinois, d'universitaire exilé et d'anciens dignitaires. Il entendait profiter de ce que la ville est réputée pour avoir conservé des lois et une administration plus soucieuse que le reste du pays de la liberté d'expression...

 

 Selon ses proches, c'est la publication à venir d'un ouvrage de l'opposant Yu Jie intitulé Godfather Xi Jinping, qui serait à l'origine d'une telle sentence. Lors de la parution du dernier ouvrage de l'écrivain qui s'attaquait au précédent président Hu Jintao, il avait déjà reçu des menaces pour tenter de stopper la publication. 

 

Par ailleurs, ce n'est pas la première fois que le gouvernement s'élève contre l'éditeur : depuis la fondation de la maison, le gouvernement aurait confisqué à plusieurs reprises les ouvrages édités chez lui, empêchant ainsi les visiteurs de passage à Hong-Kong de les diffuser. 

 

Selon ses proches, telle serait donc la véritable raison de la sévérité de sa peine. « Le verdict est injuste, cela va de soi. Il n'a rien fait de mal. Je souhaite faire appel, mais je dois d'abord en parler avec les avocats. »  « Le verdict, est inapproprié », a déclaré au New-York Times Ding Xikui, l'un d'eux avocat, ajoutant que sans raisons politiques, « il n'aurait jamais du être condamné aussi durement que l'homme d'affaires qui l'a impliqué dans cette histoire. »

 

« Je reste convaincu que cette sentence a été alourdie par des considérations politiques », a commenté Meng Lang, un poète et éditeur de Hong-Kong, qui avait précédemment travaillé dans la petite maison de Yiu Mantin. « Si vous laissiez de côté les considérations politiques, la sentence serait bien plus légère », explique-t-il. Pour le fils de l'accusé, l'accusation n'est bien qu'un prétexte visant à empêcher son père de publier un livre « subversif » sur les dirigeants chinois. 

 

En janvier, il avait écrit une lettre ouverte qui appelait l'actuel président chinois Xi Jinping à mettre un terme à la « répression politique » pesant sur son père, et à honorer la liberté d'expression propre à Hong-Kong. Mais pourquoi tant d'effort puisqu'après tout, il ne s'agit pour le régime chinois que d'une affaire de taxe d'importation impayée sur des pots de peinture...?