12 years a slave, "l'histoire de souffrances, vécues dans la chair même"

Nicolas Gary - 07.03.2014

Edition - Les maisons - Michel Lafon - Editions Entremonde - Solomon Northup


Une fois n'est pas coutume, il faut rendre à César ce qui lui revient. En début de semaine, nous évoquions le succès aux Oscars du film 12 years a slave, adapté du livre de Solomon Northup. Le film de Steve McQueen a remporté le prix pour la meilleure photo, le second rôle féminin, celui de Lupita Nyong'o, et l'adaptation, signée par John Ridley. Et nous soulignions, sans malice, le « joli coup pour la maison Michel Lafon », qui publie la traduction de l'ouvrage. Eh bien, pan sur le clavier.

 

 

 

 

Un internaute vigilant nous a mis devant le fait : le livre avait été originellement publié aux éditions du Sycomore, en 1980, avec une traduction de Philippe Bonnet et Christine Lamotte. « Un travail soigné », insiste d'ailleurs l'internaute, qui semble s'y entendre, et nous lui accordons bien volontiers. 

 

« En revanche, vous me permettrez de souligner que ledit ‘joli coup', n'a pas été réalisé par l'éditeur Michel Lafon, mais plutôt pas les Éditions Entremonde, lesquelles ont publié la traduction de Bonnet et Lamotte, en novembre 2013, quelque temps avant celle d'Anna Souillac, chez Michel Lafon, et qui, si vous voulez bien me croire, laisse paraître une certaine précipitation. »

 

Nous laisserons à cet attentif lecteur la responsabilité de ses jugements, mais dans les faits, la maison Entremonde a effectivement acheté les droits de traduction en décembre 2012, nous confirme-t-elle, alors que le film s'approchait. La traduction réalisée par Michel Lafon ne serait intervenue qu'après que le film a remporté le prix du public au festival de Toronto. 

 

Elsa Lafon, directrice de la maison réfute tout net : « J'ai commandé le livre en janvier 2013, sur Amazon et j'ai décidé de lancer la traduction immédiatement. Fan de cinéma, j'avais découvert dans un magazine professionnel le projet de Steve McQueen, un réalisateur que j'admire. Cette adaptation, c'est avant tout l'histoire de la dignité humaine, des droits de l'Homme bafoués ; il raconte que l'esclavage, c'est avant tout l'histoire de souffrances, vécues dans la chair même. »

 

Un succès, de part et d'autre

 

Peut-être, peut-être, les différences de moyens entre la diffusion/distribution qu'accorde Interforum à Michel Lafon, et celles dont dispose Entremonde, expliqueront la confusion dans laquelle nous étions plongés. De fait, on a plus facilement vu le livre disposant d'une couverture qui reprenait l'affiche du film, que celle, plus explicite, d'Entremonde. 

 

Pour l'heure, Entremonde nous assure avoir vendu 4000 exemplaires de son ouvrage, pour un tirage de 6500 exemplaires. Lesquels bénéficient également d'une postface rédigée par Matthieu Renault, spécialiste de l'esclavage.  

Ce livre raconte l'histoire de Solomon Northup, un menuisier et violoniste noir du Nord. Homme libre, il est enlevé une nuit alors qu'il voyage loin de chez lui pour être vendu comme esclave.

Pendant douze ans, il vit «l'institution particulière» de près : travail forcé de l'aube jusqu'au crépuscule et des coups de fouet sans cesse. Quand il retrouve enfin son statut d'homme libre, il s'attelle à décrire minutieusement ce qu'il a vécu et ce livre en est le résultat.

Malgré son calvaire, il réussit à décrire l'économie du Sud avec un œil de sociologue, une économie agraire qui comble son manque de productivité et son retard en matière d'industrialisation avec cette main-d'œuvre particulièrement peu coûteuse que sont les esclaves.

 

Du côté des éditions Michel Lafon « le livre était déjà un best-seller. Nous en avons vendu 25.000 exemplaires, je pense. Il n'y a pas encore d'effet Oscars. Ce sont avant tout les gens qui voient le film, et qui décident d'en apprendre plus en achetant le livre », précise Elsa Lafon.

 

Rappelons que le livre est entré dans le domaine public, et que toute personne qui le souhaite peut en proposer sa propre traduction.

 

À retrouver en librairie