120 auteurs, journalistes et artistes protestent contre l'emprisonnement du romancier Ahmed Naji

Orianne Vialo - 10.05.2016

Edition - International - Ahmed Naji emprisonnement - liberté d'expression Égypte - censure prison Ahmed Naji


En février dernier, la Cour pénale du Caire (Égypte) condamnait le romancier et journaliste Ahmed Naji à une peine de deux ans de prison. Le motif : on reproche à l’auteur d’avoir « détruit les valeurs sociales », une allégation liée au contenu de son roman The Guide for Using Life. Son procès a eu lieu après la publication en 2014 d’un extrait du chapitre incriminé dans le journal littéraire Akbhar al-Adab — où travaillait Ahmed Naji. Aujourd'hui, des auteurs, journalistes et artistes du monde entier protestent contre cet emprisonnement injuste.

 

 

 

Dans le passage publié, les personnages du roman fument du cannabis, ont des relations sexuelles et se promènent librement en ville. Sauf que sexe et drogue ne sont pas supportables pour le gouvernement. À la suite de la publication de cet extrait, un lecteur du journal, Hani Salah Tawfiq, s’est plaint en affirmant que la simple lecture des textes d’Ahmed Naji a causé une chute vertigineuse de sa pression artérielle, le rendant ainsi gravement malade. 

 

Alors qu'Ahmed Naji avait été acquitté en novembre dernier, le tribunal a changé d’avis en février dernier, avec une condamnation à deux années de prison et 10.000 livres égyptiennes d‘amende pour le rédacteur en chef du magazine (1150 €).

 

Pourtant, ce roman a été approuvé par le Bureau de la Censure égyptien. À la suite de cette approbation, il a été imprimé au Liban et importé en Égypte. 

 

À l’époque, plusieurs médias indépendants locaux avaient pris position en publiant une déclaration commune : « L’État essaie de toutes ses forces de détruire l’esprit de ses fils : en les effrayant, en les arrêtant, et en les coulant dans un moule unique. Ses ennemis ne sont pas simplement les dirigeants de l’opposition et les opposants politiques, mais également toute personne qui est en mesure de penser différemment ».

 

Une liberté d'expression de plus en plus réprimée

 

Un mouvement contestataire composé de plus de 120 auteurs, journalistes et artistes du monde entier a écrit au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, lui réclamant la libération d'Ahmed Naji. 

 

D’après l’organisation Pen America — un organisme créé en 1922, basé à New York qui œuvre pour défendre la liberté d’expression et favoriser la communion littéraire internationale —, Ahmed Naji sera honoré le 16 mai prochain lors de son gala annuel, par le prix « Liberté d’écrire ». C’est le frère de l'auteur qui recevra son prix en son nom. 

 

Parmi les personnalités qui demandent l’acquittement de l’écrivain figurent les écrivains Robert Caro, Philip Roth, Michael Chabon, Chimamanda Adichie ainsi que le cinéaste Woody Allen et le compositeur Stephen Sondheim. 

 

Selon eux, « écrire n’est pas un crime. [Son roman, NdR] fait référence au sexe et à la drogue, deux sujets tellement pertinents dans la vie contemporaine qu’ils sont traités via l’expression créative dans le monde entier ». Ils rappellent aussi que l’article 65 de la nouvelle Constitution égyptienne « protège la liberté d’expression ». 

 

« Le cas de Naji est un exemple parmi tant d’autres de la montée de la répression en Égypte sur la liberté artistique, dans un mépris flagrant de ses propres protections constitutionnelles et au détriment des riches traditions culturelles du pays, déplorait en mars dernier dans un communiqué Suzanne Nossel, directrice de Pen America. Nous espérons que ce prix incitera les écrivains, les lecteurs, les avocats et les dirigeants du monde à faire pression sur l’Égypte pour exiger la libération immédiate d’Ahmed Naji, et de pour les pousser à cesser de traiter la créativité comme un crime ». 

 

Créé en 1987, ce prix est attribué aux écrivains « qui ont combattu avec courage face à l’adversité pour défendre leur droit à la liberté d’expression ». 

 

Fin 2015, au moins 23 journalistes étaient emprisonnés en Égypte, pour avoir eux aussi « heurté les mœurs » avec leurs écrits. En 2008, la parution de la bande dessinée Metro, écrite par Magdy el-Shafee avait été censuré pour avoir porté atteinte à la décence publique. L’auteur et son éditeur avaient dû payer une amende de 620 $ chacun. Interdit à la vente durant 4 ans, l’ouvrage avait cependant été republié en 2012.

 

(via AFP, Voice of America)