Chasse spirituelle, cet inédit scandaleux de Rimbaud

La rédaction - 28.09.2015

Edition - Société - Arthur Rimbaud manuscrit - ouvrage lecture écrire - roman publier


Retour sur les grands exemples qui ont fait l’histoire de l’édition. Ils avaient écrit un livre, croyaient fermement à son succès et l’ont présenté à des maisons d’édition, et ont essuyé de multiples déboires. Le poète « aux semelles de vent » est aujourd’hui notre invité : les aventures du Carlopolitain ne manquent jamais de piquant. 

 

arthur

freyjo7, CC BY ND 2.0

 

 

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Arthur Rimbaud n’a pas été l’auteur le plus prolifique de la littérature française, tant s’en faut. Pourtant, ses fulgurances géniales ont marqué l’histoire littéraire d’une trace indélébile. C’est pour cela que de nombreux « fans » attendent avec impatience la découverte d’un inédit. En 1949, le journal Combat croit tenir le scoop littéraire du siècle. Il publie des extraits de La Chasse spirituelle, un long poème attribué à l’ange de Charleville-Mézières.   

 

« J’ai pleuré jadis sur de vains attachements. Je ne crois pas à la famille, au devoir, aux bonheurs garantis par l’estime. Soupe rance, sucreries fades et angélique parfum des benoîtes armoires… » Telles sont les premières lignes. 

 

À la publication de cet « inédit », l’émotion est à son comble, entre ceux qui veulent y croire – on est tenté de voir une parenté entre ce texte et certains passages bien connus de Une Saison en enfer – et ceux qui se montrent plus sceptiques. Le prestigieux Mercure de France va tout de même prendre la décision, la même année, de publier le texte dans son intégralité. 

 

Mais, bien vite, la publication tourne à l’affrontement et la confusion est générale. Deux comédiens vont prétendre être les auteurs du texte et avouent la supercherie. Il s’agit de Nicolas Bataille et Akakia Viala. Ils tiendront même une conférence de presse à la brasserie Lipp. C’est dire si l’affaire est de la plus haute importance ; Saint-Germain-des-Prés est en émoi. 

 

Pourquoi ont-ils composé et publié ce faux ? Pour se venger d’Aragon. Ce dernier les avait copieusement critiqués pour leur adaptation théâtrale de Une Saison en enfer. Ils n’hésiteront pas à brandir leurs brouillons et leurs versions préparatoires pour tenter d’étouffer la polémique.

 

Breton est catégorique

 

Un homme avait fait preuve de clairvoyance. André Breton, dès la publication, crie à l’imposture et à l’arnaque. Il n’y va pas par quatre chemins. Il évoque un piège des plus grossiers dans lequel serait tombé Combat. Il va jusqu’à dire, sans détour : « Il faut, en effet, n’avoir jamais rien entendu à Rimbaud pour oser soutenir que les “quelques phrases” citées sont de lui. » 

 

L’auteur de Nadja est si remonté qu’il publie un livre sur la question, Flagrant délit, la même année. Cela ne suffira pas à convaincre tout le monde. Les surréalistes, et Breton le premier, sont loin de faire l’unanimité. Petit à petit, le soufflé retombe (le grand éditeur Maurice Nadeau regrettera d’être tombé dans le panneau), mais pas tout à fait.

 

La preuve. En 2012, l’affaire connaît un nouvel épisode, pour le moins déconcertant. Les éditions Léo Scheer publient à leur tour La Chasse spirituelle et font figurer le nom de Rimbaud en lettres rouges sur la première de couverture. Décidément, c’est à n’y rien comprendre. Le texte ne fait que douze pages, il est agrémenté d’une généreuse postface de quatre cents pages commise par Jean-Jacques Lefrère, un médecin spécialiste de l’auteur.

 

En substance, selon les dires de l’éditeur, « rien ne nous permet plus désormais d’affirmer que le texte n’est ou n’est pas de Rimbaud ». Nous voilà bien avancés. Voilà, en tous les cas, le cas rare d’un manuscrit dont on ne sait toujours pas s’il existe ou a existé, mais qui n’a pas manqué de déchaîner des passions. 

 

À notre connaissance, cette nouvelle publication n’a pas figuré en tête de la liste des best-sellers. Il n’a pas non plus été intégré dans les programmes scolaires pour remplacer Le dormeur du val. Il semblerait donc que le public ait tranché. Affaire classée, enfin ? 

 

En savoir plus sur l'édition alternative


Pour approfondir

Editeur : Belin
Genre : lettres et...
Total pages : 136
Traducteur :
ISBN : 9782701191645

Rimbaud à Charleville ; la maison des ailleurs

de Pascale Boille

C'est dans la maison de Charleville que le poète vécut avec sa mère, son frère et ses deux soeurs de 1869 à 1875. C'est précisément pendant cette période qu'il écrira la plus grande partie de son oeuvre poétique, entre 15 et 21 ans. En 2004, lors de la célébration du 150e anniversaire de sa naissance, la ville de Charleville-Mézières fait l'acquisition de cette maison et en confie la scénographie à l'architecte allemand Bern Hoge. La " Maison des Ailleurs " vient de naître, baptisée par cette expression chère au poète, qui ne cessera de partir, lui qui est hanté par le voyage et pour qui le départ représente une promesse d'exaltation. Pascal Boille nous prend par la main et, en véritable Cicerone, de la gare - si fréquentée par Rimbaud - aux alentours de la maison, où nous nous arrêtons longuement, il nous fait visiter la ville et l'univers de l'enfance si détestés et en même temps aimés du poète, comme les départs et retours à Charleville qui scandent toute la vie de Rimbaud l'attestent. L'ouvrage réussit le pari de faire de nous des promeneurs éveillés sur les pas de " L'homme aux semelles de vent ", de véritables voyageurs...

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