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1984 de George Orwell : et si on avait mal compris la fin ?

Laurène Bertelle - 16.05.2017

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Le roman 1984 de George Orwell reste toujours aussi lu à travers le monde, et a même eu un regain de popularité depuis l'élection de Donald Trump. Et pourtant, plus d'un demi-siècle après sa publication, se pourrait-il que nous n'ayions jamais compris la fin de l'histoire? C'est ce que semble penser l'auteure Margaret Atwood, qui révèle sa propre interprétation du dénouement du roman.


Margaret Atwood - Cambridge 2015
(Margaret Atwood, Chris Boland, CC BY-NC-ND 2.0)



Ceux qui ont lu le roman de 1984 connaissent le sentiment de colère et de désespoir qui se dégage une fois la dernière page lue. Pour les autres, attention  : 
 

SPOILER ALERT
 


Vous êtes avertis.

Winston, le personnage principal, s’est perdu dans sa quête de renverser le régime et a finalement été endoctriné par le pouvoir en place, ne laissant présager aucun changement, aucune amélioration de la société.

Toutefois, Margaret Atwood, auteure de La Servante écarlate, a la conviction que la fin du roman n’est pas aussi sombre qu'on pourrait le penser. Selon elle, un détail permet de déduire que le régime totalitaire a bien été renversé.
 

Big Brother ne vous regarde plus ?
 

 « 1984 a un bilan, et ce bilan est un texte à propos du novlangue, qui était la langue développée dans le but d’éliminer la pensée, rendant tout raisonnement impossible, remarque-t-elle dans un entretien rapporté par le Huffington PostL’essai sur le novlangue est écrit dans une langue normale, à la troisième personne et au passé, ce qui signifie forcément que le régime est tombé, et que le langage et l’individualité ont survécu. »
 

Le texte auquel Margaret Atwood fait allusion n’est pas le dernier chapitre du roman à proprement parler mais un appendice. C’est un texte qui peut sembler externe au roman, et l’anonymat de son auteur ne nous permet pas de savoir si celui-ci est interne ou non à l’histoire, s’il représente l’auteur ou un personnage fictif. Le lecteur peut même être tenté de ne pas le lire, le considérant comme une note à part. Cependant, cet essai est bel et bien rattaché à l’univers de 1984, puisqu’il place le novlangue comme une langue ayant réellement existé, mais qui aurait disparu. 
 

« Pour quiconque a rédigé cet essai, le monde de 1984 est terminé, affirme Margaret Atwood. Je pense donc que Orwell avait une foi dans la résistance de l’esprit humain beaucoup plus forte que ce qu’on veut bien lui accorder ».

Cette fin alternative permet en effet de sortir de l'aspect trop défaitiste du roman qui ne serait pas bénéfice selon la romancière : « La tragédie et l'obscurité du début à la fin, cela ne motive pas les gens. Si nous sommes tous voués à nous faire engloutir, pourquoi faire le moindre effort? » En semant le doute, Orwell sème aussi l'espoir.
 

De 1984 à La Servante Ecarlate
 

Le roman de George Orwell a inspiré l’écriture de la Servante Ecarlate, roman dystopique de Margaret Atwood, publié en 1985. C’est cet appendice auquel Margeret Atwood fait référence qui l’a convaincue de finir son propre roman avec un épilogue qui, en rompant avec la temporalité du récit, permet de connaitre le dénouement de l’histoire.
 

Vêtues en Servantes écarlates, elles protestent contre les mesures anti-avortement
 

Dans la Servante écarlate, Defred (Offred dans la version originale) vit dans un monde dirigé par le fanatisme religieux, dans lequel les femmes n’ont aucune liberté et sont classées selon leur utilité. Defred elle, est une servante écarlate, elle sert uniquement à la reproduction.

Ce roman a été adapté en série télévisée en 2017, dans laquelle Elizabeth Moss tient le rôle principal.