20 poèmes inédits de Neruda "événement d'une importance universelle"

Clément Solym - 19.06.2014

Edition - International - Pablo Neruda - empoisonnement Chili - textes inédits


Les tensions autour d'un possible empoisonnement de Pablo Neruda ne sont toujours pas retombées, au Chili, mais un autre événement majeur est survenu. L'éditeur espagnol, Seix Barral, n'hésite pas à parler « d'un événement littéraire d'une importance universelle », voire de « la plus grande découverte de la littérature espagnole de ces dernières années ». On a retrouvé des poèmes inédits de Neruda...

 

 

 

 

C'est une vingtaine de textes que l'éditeur s'apprête à publier. Le poète et universitaire Pere Gimferre, qui participe à cette édition parle « de la puissance imaginative, de la plénitude, des débordements de l'expression, et le même don : la passion érotique ou amoureuse ». Autant de choses que l'on retrouve déjà dans les meilleures oeuvres de Neruda.

 

Dans le communiqué de l'éditeur, on découvre que ces textes sont postérieurs à Canto General, poèmes parus en 1950. On ne connaissait pour l'heure que deux recueils inédits El río invisible, publié en 1980, qui comprenaient de la prose et des poésies de jeunesse, et Cuadernos de Temuco, paru en 1996.  

 

Les textes nouveaux ont été découverts dans une boîte contenant des manuscrits des oeuvres de Neruda, qui était hébergée par la Biblioteca de la Fundación Pablo Neruda, pour un examen approfondi, réalisé sous la direction de Darius Oses. (via Europa Press)

 

La paternité des lignes ne fait aucun doute, provoquant chez l'éditeur le plus grand enthousiasme. Et il propose même d'en découvrir un fragment. Il s'agit d'un poème sans titre, manifestement écrit en 1964. Cette année-là, Neruda écrivait Memorial de Isla Negra. 

 

Reposa tu pura cadera y el arco de flechas mojadas/

extiende en la noche los pétalos que forman tu forma/

que suban tus piernas de arcilla el silencio y su clara escalera/peldaño a peldaño volando conmigo en el sueño/

yo siento que asciendes entonces al árbol sombrío que canta en la sombra/

Oscura es la noche del mundo sin ti amada mía/

y apenas diviso el origen, apenas comprendo el idioma/con dificultades descifro las hojas de los eucaliptos.

  

Neruda est décédé en 1973, l'année même du coup d'État au Chili. L'an passé, des experts mandatés ont confirmé que le poète n'avait pas été empoisonné, une thèse qui avait incité à exhumer le corps, pour effectuer des tests. En novembre 2013, les résultats des tests indiquaient « qu'il n'existe aucune preuve médico-légale impliquant une mort non naturelle », selon les experts. 

 

Les analyses des ossements ont été réalisées par un groupe interdisciplinaire de scientifiques, comptant 13 experts et trois observateurs. Ils ont été effectués au Chili, en Espagne et aux États-Unis. Les tests ont tenté de déceler des traces de poison y compris le thallium ou l'arsenic - mais ce sont en tout plus de 2000 agents chimiques qui ont été passés au crible. 

 

Toutefois, les proches du poète ne s'étaient pas contentés de cette assertion. Peu après la diffusion de ces informations, ils avaient réclamé de nouvelles expertises. Eduardo Contreras était l'avocat du Parti Communiste à l'origine de la plainte, qui avait conduit aux examens. Il avait alors demandé que les nouvelles analyses recherchent la présence éventuelle de traces de gaz moutarde ou sarin, de staphylocoques et autres substances botuliques. Ces divers agents biologiques développés par la dictature d'Augusto Pinochet pourraient avoir été liés à la mort de l'écrivain. Selon lui : « Il faut continuer à chercher la vérité par tous les moyens. »

 

La publication de ces inédits coïncide également avec le 110e anniversaire du prix Nobel, et le 90e anniversaire de la parution de son oeuvre la plus célèbre, Veinte poemas de amor y una canción desesperada (Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée).