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2002 : Comment Silvio Berlusconi bouda le salon du livre de Paris

Nicolas Gary - 21.03.2017

Edition - Société - Silvio Berlusconi Paris - Catherine Tasca salon livre - Paris Italie invité


À la veille de l’ouverture du Salon du livre de Paris, devenu par inadvertance Livre Paris, faisons un petit point historique, pour revenir en... 2002. Cette année-là, c’est l’Italie qui est invitée d’honneur, Serge Eyrolles est le président du SNE... et Silvio Berlusconi n’est pas venu.

 

 

 

 

Si la musique adoucit les mœurs, la littérature n’y parvint pas, à cette époque. Catherine Tasca, ministre de la Culture, était interrogée sur l’antenne de France Culture. À cette époque, Jacques Chirac achève son premier mandat, et sa ministre décide de s’en prendre avec virulence au Premier ministre italien : Silvio Berlusconi.

 

Dans l’interview qu’elle donne, Catherine Tasca explique qu’elle ne souhaite pas la visite du Cavaliere, sans pour autant donner plus d’explication. Elle est, précise-t-elle, contrainte par des questions diplomatiques, mais... « Mais je l’ai connu en d’autres temps. Je connais ses positions dans des domaines comme la création ou la diversité culturelle… Personnellement je suis très inquiète de la politique qu’il mène dans son pays et je préfèrerais un autre parrainage pour le Salon qui va s’ouvrir. »

 

Un autre pays invité d’honneur ? Impossible, tout est déjà réglé. Et depuis Rome, un porte-parole du Cavaliere rétorque : « Il y a quelques minutes encore le Premier ministre Berlusconi ignorait l’existence d’une certaine Mme Tasca, et, malgré ce qui s’est produit, il continuera à l’ignorer. »

 

Et un peu d'histoire

 

C’est qu’en trame de fond, il fallait se souvenir que la famille de Catherine Tasca, d’origine italienne, avait des liens très forts avec le parti communiste italien. Son père fut l‘un des fondateurs, contraint à l’exil en France – avant de basculer vers l’extrême droite, le régime de Vichy, plus précisément.

 

Ce qui devient plus croquignolesque, c’est qu’une seconde trame de fond se dessinait, autour de l’audiovisuel. Ministre déléguée auprès de Jack Lang, quand François Mitterrand devint président de la République, elle était en charge des questions audiovisuelles. Et, en remontant encore le temps, on se souvient qu’en la matière, un certain Silvio Berlusconi avait pris part à la création d’une chaîne de télévision – La Cinq.

 

Et un peu de télévision

 

Chaîne de télévision généraliste, nationale, mais également commerciale et privée, elle fut créée le 20 février 1986. Le groupe Hachette de Jean-Luc Lagardère en fut l’opérateur principal à compter du 23 octobre 1990. Pour Silvio, c’était là l’occasion de développer son groupe Fininvest, et de grossir en Europe. Le temps de cerveau disponible n’était pas encore affirmé à l’époque, mais l’idée était pourtant bien là.

 

En 1989, Catherine Tasca est ministre de la Communication et des libertés (CNCL, ancien CSA). Pour des raisons financières, la pomme de discorde qu’est cette chaîne, prise notamment sous l’influence de Silvio Berlusconi, devient un dossier sensible.

 

La Cinq finira dans le caniveau le 3 avril 1992, et cesse ses activités 9 jours pus tard. Tout cela aura un coût de 41 millions € pour Hachette (indemnités versées à AB Productions). Le groupe avait pourtant bien pour intention de sauver la chaîne...