2008 annonce une crise 'historique' pour le livre au Japon

Clément Solym - 27.08.2008

Edition - Economie - crise - livre - Japon


Si la France se plaint d'une rentrée littéraire chargée avec quelques centaines de livres, il serait bon de se tourner vers le marché japonais, où plus de 200 livres paraissent... chaque jour. Un secteur qui pèse 2 milliards ¥ (2,43 milliards €), mais qui se trouve confronté à une crise qualifiée « d'historique ». De fait, depuis 1996 le marché a été largement bousculé, et des centaines de librairies ferment à l'échelle nationale : les défis auxquels le secteur se confronte sont très préoccupants.

1996, le pic : depuis, la chute

En 2007, l'industrie, notamment celle du manga, a réalisé 2,08 milliards ¥ de chiffre, soit 3,1 % de moins que l'année passée, selon l'institut de recherche pour l'édition. Pour 2008, après une stagnation des six premiers mois, une nouvelle baisse de 3 % par rapport à 2007 est envisagée. Car depuis le pic de 1996 et ses 2,653 milliards de chiffres, le marché ne cesse de baisser. Des chiffres qui rappellent étrangement le récent constat espagnol dans le secteur.

Mais pourquoi ? Tout d'abord, l'évidence : on achète moins, pour des raisons déjà connues. Sur 1812 sondés, il s'avère que 52 % n'ont pas lu un seul livre au cours du dernier mois, et 14 % des personnes interrogées avaient moins de 20 ans.

Même les grandes surfaces sont menacées

Ensuite, moins de librairies. Beaucoup moins, puisque l'on est passé de 12953 en 1996 à 5869 en 2008. Pourtant, les ventes entre 1996 et 2002 ont augmenté de 11,68 % selon le ministère de l'Économie, du commerce et de l'industrie. Car les grandes surfaces remplacent progressivement les petites structures indépendantes. Et même pour ces chaînes, le risque de fermeture est présent, du fait d'un secteur qui se rétrécit.

Plus de livres avec moins d'avenir

Moins de parutions ? Pas du tout pourtant : en 2007, 77417 livres furent publiés, soit 212 par jour. En 1997, on en comptabilisait 65458, soit 179 par jour. Simplement, on débouche de plus en plus à des parutions 'économiques', à faible durée de vie. Sur 30 best-sellers de 2007, 9 étaient des livres shinsho, entre 700 ¥ et 800 ¥ et 5 autres étaient ds romans keitai, écrits pour les jeunes et à lire sur son téléphone, qui furent par la suite publiés en imprimés.


Le prix fixe : un danger un un rempart ?

Autre remise en cause, le prix fixe des livres, qui empêche les réductions sur les nouveautés. Les livres sont en effet frappés par une exception à la loi antimonopole, pour la protection du droit d'auteur et le maintien de la culture nationale. Là-bas, comme dernièrement en Suisse, on affirme que cette loi permet d'assurer un climat favorable pour le livre et d'assurer une variété à des prix raisonnables, au niveau national.

En effet, les livres universitaires, par exemple, connaîtraient des hausses de prix impressionnantes dans certaines régions moins habitées, et le nombre de libraires chuterait en conséquence. Et pourtant, on déplore une organisation inefficace : le taux de retour aux éditeurs en 2007 aura été de 39,4 %, soit 1,2 % de plus que 2006.

L'abolition du prix fixe avait été demandé en 2001 par la Fair Trade Commission, mais aucun projet de loi n'a fait suite, en l'absence de consensus national sur la question.