2014, année des bibliothèques : merci de le préciser

Antoine Oury - 09.05.2014

Edition - Bibliothèques - Aurélie Filippetti - bibliothèques - livres numériques


La ministre l'annonçait avec fierté dans son allocution de la nouvelle année : pour ce qui était du livre, la primeur serait cette année donnée aux bibliothèques, pour que ces établissements conservent toute leur place sur le territoire. Outre-Manche, les fermetures ne se comptent plus, tandis qu'Amazon met l'accent sur une offre de prêt solide depuis plusieurs années. Mais toujours rien n'est fait...

 


Aurélie Filippetti - Voeux 2014 Ministère de la Culture et de la Communication

Aurélie Filippetti, pendant les voeux 2014 du ministère (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Le ministère de la Culture et de la Communication a bien compris que les bibliothèques devenaient un acquis social à défendre : face aux réductions des budgets des régions, et au désengagement de l'État, il n'est jamais superflu de rappeler le rôle de passeur culturel, ou simplement de lieu de vie, assumé par les établissements.

 

Par deux fois déjà, Aurélie Filippetti a souligné son attachement, et sa volonté d'aider les bibliothèques à devenir des « services publics numériques de proximité » : autrement dit, garantir l'intégrité des lieux, sans pour autant sacrifier à l'innovation. En effet, si les usages du numérique, notamment livresque, restent périphériques dans les établissements de prêt, c'est peut-être à cause de la difficulté d'accès à l'offre, quand elle existe.

 

En effet, les bibliothécaires n'ont pas été les derniers à se plaindre de la situation actuelle pour le prêt de livres numériques : une multiplication des portails, des applications, des droits d'utilisation, qui rendait le tout incroyablement compliqué, y compris pour l'usager. Face à cet état de fait, le ministère devrait pousser une « solution nationale », avec PNB, pour Prêt Numérique en Bibliothèque. Mais l'outil a déjà été critiqué par les bibliothécaires, qui jugent qu'il pourrait « brider l'innovation en France »...

 

Merci Jean-François, merci Marine

 

Depuis le début de l'année, les déclarations de la ministre sur les bibliothèques ont surtout concerné leur liberté de choix quant aux collections proposées au public. Sur ce point, Aurélie Filippetti peut remercier Jean-François Copé et Marine Le Pen, qui ont tous deux donné du bon grain à moudre à la ministre.

 

Le premier, en pointant les sujets des livres jeunesse mis à disposition des enfants dans les écoles ou les bibliothèques, la seconde en laissant planer le doute quant aux pouvoirs des maires FN sur les fonds des établissements de prêt. Dans les deux cas, les déclarations polémiques des politiques ont servi sur un plateau d'argent des discours consensuels à la ministre de la Culture.

 

 

Aurélie Filippetti sur le stand du CNL - Salon du Livre 2014

Au Salon du Livre, l'occasion de rappeler que les bibliothèques étaient libres de choisir leurs collections - encore heureux...

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

La technique, on y comprend rien, et tout le monde y perd...

 

En arrière-plan de ces déclarations tapageuses, les bibliothécaires prennent leur mal en patience. Certes, ils ont la garantie de pouvoir exercer leur travail, mais qu'en est-il de l'offre pertinente qu'ils peuvent proposer pour justifier ce travail ? Certes, la demande numérique en bibliothèque est encore inférieure à l'offre, mais est-ce une raison pour se laisser distancer, notamment par Amazon et sa bibliothèque de prêt Kindle ?

 

Car peu de choses semblent destinées à changer, d'autant plus que l'année politique est déjà sévèrement entamée. Certes, toute la profession attend le congrès de l'IFLA de Lyon, en août prochain, avec l'espoir de quelques révélations, mais les attentes des bibliothécaires ont récemment subi une sévère désillusion.

 

En effet, le dernier congrès de l'OMPI, Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, a été interrompu suite aux protestations de l'Union européenne, qui n'en souhaitait pas voir élargies les exceptions au droit d'auteur au profit des bibliothèques et centres d'archives. Dans la foulée, Association internationale des éditeurs, Fédération européenne des éditeurs, Conseil européen des écrivains et autres organisations d'auteurs ou d'ayant droit se sont jetés sur l'occasion pour souligner tous les risques de ces nouvelles exceptions au droit d'auteur.

 

Chose amusante - ou pas, l'une de ces exceptions à risque concernait la possibilité pour les bibliothécaires de contourner les mesures techniques de protection, ou DRM, afin de pouvoir consulter certains ouvrages et juger si leur place dans la collection était pertinente. Bref, de simples conditions de base pour exercer son métier...

 

Si l'on juge la position de la ministre à l'aune de sa dernière action de grande ampleur, difficile de ne pas souhaiter bonne chance aux bibliothécaires, qu'ils aient été les invités ou non du Forum de Chaillot, financé par des sociétés de gestion collective...

 

Bon, d'un autre côté, il sera périlleux de faire pire que l'année des auteurs, qui s'était terminée sur un accent surréaliste.