2014, année terrible pour l'édition : le Venezuela cherche une respiration

Clément Solym - 31.12.2014

Edition - International - Venezuela livres - édition industrie - difficultés 2014


Les imprimeurs ont fait chauffer les rotatives, et l'année 2015 sera un bon cru dans l'édition vénézuélienne. Pourtant, de multiples difficultés se posent à un secteur confronté à une sérieuse crise. C'est que 2014 n'a pas été un tournant facile à négocier, le tout sérieusement aggravé par le contexte économique.

 

This is heaven

Daniel, CC BY NC 2.0

 

 

Cette année, noire, a marqué le pays de plusieurs stigmates : si les problèmes du secteur de l'édition se retrouvent à différentes échelles partout, le Venezuela affronte des contraintes spécifiques. Ainsi, les imprimeurs ont manqué de papier, tout simplement, pour faire leur job, et le coût du change a profondément marqué le commerce. De nombreux éditeurs privés ont dû solliciter plusieurs imprimeurs pour assurer la parution de leurs titres. 

 

Les matériaux ont également vu leur prix augmenter, rendant plus complexes les impressions. Et dans le même temps, les coûts de production, notamment pour les titres importés, ont eu des répercussions sur le prix de vente public. Sans même prendre en compte les opérations de promotion, avec le déplacement en avion d'un auteur, et autres dépenses systématiques, et peu compressibles. Des titres de 600 ou 700 pages ont alors atteint des tarifs de vente inaccessibles pour le public. 

 

« Le livre est en train de devenir un produit de luxe, qu'il est de plus en plus difficile d'acquérir quand on est issu de la classe moyenne », expliquait un écrivain, en juillet. Ce dernier est de 4251 bolivars, soit 493 €, et début juin, le Sénat avait adopté une nouvelle législation qui porte sur le système des importations et la taxation aux douanes. Les frais pour l'import de marchandises connaîtront une augmentation des impôts de 58,7 % à 69,3 %, avec des conséquences directes pour le secteur du livre.

 

Nuccio Ordine, écrivain, ajoutait, avec une lucidité cinglante : « Dans un univers totalitaire, en effet, un marteau est plus efficace qu'une symphonie, un couteau qu'un poème, une clef plus qu'une peinture : il est aisé de mesurer l'efficacité d'un outil, alors qu'il est de plus en plus difficile de comprendre à quoi peuvent servir la musique, la littérature, l'art. »

 

Une année à venir, débarassée des démons de 2014 ?

 

Cristian Vallés, président du Centro Nacional del Libro, tentait alors de relativiser : la population est en demande de nouvelles parutions, et si la demande grimpe, l'offre pourra suivre. Pourtant, la solution numérique n'offre pas encore la porte de sortie escomptée, faute, certainement à un manque d'équipements. Si des mesures ont été prises, pour favoriser l'économie de l'édition, il reste encore beaucoup à faire. 

 

2015 ne devrait pas connaître les mêmes tourments, et plusieurs célébrations laissent envisager un futur plus clément pour le secteur. El Universal recense plusieurs parutions à venir pour l'année, ainsi que les enjeux du Festival Internacional de Teatro, qui accueillera des auteurs venus de Cuba, du Mexique ou encore d'Espagne, d'Argentine et de Colombie.

 

Plusieurs titres font déjà parler d'eux, comme les poèmes inédits de Pablo Neruda, ou encore Los cuentos de la peste de Mario Vargas Llosa, et Los Tangos de Luis Borges. En 2015, verra également de nouvelles publications de Jonathan Franzen, d'Orhan Pamuk ou d'Haruki Murakami. Pour ce dernier, pas de risques que soit déployé un budget de déplacement, le romancier japonais n'a pas l'habitude de quitter son terroir. Notons également qu'un livre signé Flaubert doit également sortir aux éditions Paginas des Espuma, Cuadernos. Apuntes y reflexiones de Gustave Flaubert.