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2016, année florissante pour le livre au Royaume-Uni

Bouder Robin - 28.04.2017

Edition - Economie - industrie livre angleterre - livre royaume uni - bilan édition 2016


La Publishers Association, association des éditeurs du Royaume-Uni, vient de publier son rapport sur la situation de l'industrie du livre en 2016, et le moins que l'on puisse dire, c'est que les chiffres sont encourageants : 4,8 milliards £ de chiffre d'affaires. Les ventes ont donc largement augmenté depuis 2015, notamment pour ce qui est de la littérature non fiction. En revanche, les ebooks et la fiction pêchent...

 

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Librairie de Chorley - ProfDEH (CC BY-SA 3.0)

 

 

Si 2015 était déjà une bonne année pour le livre au Royaume-Uni, 2016 a fait encore mieux : les éditeurs membres de la Publishers Association cumulent 4,8 milliards £ de chiffre d'affaires, soit une croissance de 7 % par rapport à l'année précédente. Il s'agit de la plus grande augmentation des ventes de livres au Royaume-Uni depuis 2007, année qui avait vu débarquer le livre numérique à grande échelle dans le pays.

 

Le livre imprimé l'emporte toujours sur le numérique
 

Le livre numérique représente 35 % du chiffre d'affaires total, avec 1,7 milliard £, 6 % de plus qu'en 2015. Pourtant, contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette légère augmentation n'est pas due à la vente d'ebooks, dont le marché grand public est en déclin constant et a subi une baisse de 3 % par rapport à 2015 (538 millions £ de vente). Le marché professionnel, lui, se porte un peu mieux, avec une hausse de 6 % des ventes, à 277 millions £. Les livres audio, en revanche, attirent plus de monde, et se sont vendus 28 % plus que l'année précédente, même si les chiffres de ventes (16 millions £) ne sont pas mirobolants.
 

Livre numérique : l'autopublication représente 22 % du marché britannique

 

À titre de comparaison, la vente de livres physiques a augmenté de 8 %, atteignant un revenu de 3 milliards £. C'est le montant le plus haut atteint depuis 2012. Rappelons toutefois que les chiffres du rapport de la Publishers Association sont basés sur les données des membres de l'association, et ne reflètent donc pas strictement le livre au Royaume-Uni : les ebooks d'auteurs autopubliés vendus par Amazon, par exemple, ne sont pas pris en compte...

 

Une majorité des ventes en exportation
 

Les ventes à l'étranger ne sont pas à négliger. 54 % des recettes de l'industrie du livre en Angleterre viennent de l'exportation, pour un montant de 2,6 milliards £. Le Royaume-Uni engrange 231 millions £ rien qu'avec l'Asie de l'Est et l'Asie du Sud, et 136 millions £ grâce à ses exportations vers l'Amérique du Nord. Mais c'est en Europe que se font 35 % des exportations.

 

« Le marché de l'édition anglaise est un leader international », explique Stephen Lotinga, directeur général de la Publishers Association, « et ces chiffres confirment que l'industrie du livre fleurit grâce au travail et à l'ingéniosité de notre main-d’œuvre et de nos maisons d'édition. (...) Peu importe la composition du nouveau gouvernement anglais, il faut s'assurer qu'après le Brexit, les contrats signés avec l'UE ou d'autres pays continuent d'augmenter cette réussite. »

 

La non-fiction, maîtresse de l'édition grand public
 

2016 fut une bonne année pour le livre jeunesse, dont les ventes ont augmenté de 16 % par rapport à 2015, atteignant 365 millions £. David Walliams, Jeff Kinney et leurs livres pour enfants n'y sont pas pour rien, puisqu'ils entrent dans le top 10 des bestsellers de l'année. Mais sans surprise, le livre le plus vendu de 2016 n'est autre que le script de Harry Potter and the Cursed Child, la pièce de théâtre faisant suite aux aventures du célèbre sorcier anglais. Suivent Girl on the Train de Paula Hawkins, et le livre de recettes pour maigrir Lean of 15 de Joe Wicks. Ce dernier devient par la même occasion le livre hors fiction le plus vendu.

 

On remarque d'ailleurs que la fiction attire de moins en moins de lecteurs, avec 7 % de ventes en moins par rapport à l'an passé, et surtout, 23 % de moins par rapport à 2012. L'intérêt pour la fiction s'émousse de manière plus que visible. Selon Stephen Lotinga, « la fiction est l'un de ces domaines particuliers où les industries se battent pour captiver l'attention des gens ». Les écrans sont maîtres dans l'art de distraire leur public, et les consommateurs de fiction ont effectivement de plus en plus tendance à délaisser la lecture pour une série ou un film.

« Les habitudes changent. Ce fut une très bonne année pour la non-fiction », commente Stephen Lotinga. Et en effet, les ventes hors fiction ont augmenté de 9 %, atteignant un montant de 884 millions £, quasiment la moitié des ventes de l'édition grand public (1,8 milliard £).
 

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L'édition scolaire, elle, a vu ses ventes augmenter de 5 % (336 millions £), en grande partie grâce aux exportations en Asie du Sud et de l'Est (croissance de 27 %), ainsi qu'en Amérique centrale et du sud (croissance de 34 %).

Mais c'est l'édition académique qui permet au marché du livre anglais de remporter le gros lot : avec une augmentation de 10 % des ventes par rapport à 2015, les livres et revues académiques et professionnels rapportent 2.4 milliards £, soit la moitié du chiffre d'affaires total de l'industrie de l'édition.

Néanmoins, le public délaisse le payant pour le gratuit : le revenu dû aux abonnements à des revues a chuté de 79 %, tandis que celui dû aux frais de publication des articles en « open access » a augmenté de 46 % (81 millions £).