2016, une année d'érosion pour le marché du livre au Québec, même si...

Nicolas Gary - 16.05.2017

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Le marché du livre au Québec accuse le coup d’une baisse de 0,9 % du chiffre d’affaires entre 2015 et 2016, relève l’Observatoire de la Culture et des communications du Québec. De 608,2 à 602,8 millions $ CA, le marché suit en réalité une tendance constatée depuis 2012, note l’Observatoire.


stand du Québec
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Entre 2012 et 2016, le marché a perdu 74,1 millions $, soit 11 % de chiffre d’affaires. « Bien que l’on assiste à une baisse globale des ventes, la situation varie selon les types de détaillants. Ainsi, les grandes surfaces à rabais ont vu leurs ventes de livres diminuer de 9,8 % entre 2015 et 2016, alors que les librairies ont enregistré des ventes plutôt stables : (+0,4 %) », relève également l’observatoire. 

 

Mieux : on assisterait plutôt à un redressement des librairies indépendantes, en regard des établissements qui appartiennent à une chaîne – c’est-à-dire comptant au moins quatre librairies. Les premières réalisent 55,2 % des ventes contre 44,8 % pour les seconds, dans le cadre de ces points de vente. Et pour les chaînes, la tendance est tout de même à la baisse depuis 2013.

 

Richard Prieur, directeur de l’Association nationale des éditeurs de livres pointe, au-delà des chiffres « une véritable constatation : le marché n’est pas en hausse ». La librairie se maintient, mais la grande diffusion est en baisse. « On pourrait offrir une piste d’explication avec l’absence de grands best-sellers (un Astérix peut-être, par exemple) pour expliquer la baisse en grande surface. » 

 

Quant à ces ventes directes, effectuées par les éditeurs, sont-ce des ventes en ligne ? Difficiles à envisager, car trop peu significatives. Ou celles des éditeurs scolaires ? « Possible. Mais la croissance surprend. »

 

Au BTLF, le répertoire des titres francophones disponibles, Christian Reeves, directeur ventes, relativise. « L’Observatoire agrège plusieurs types de données de vente. Et chose non dite, il comprend aussi les ventes de livre de langue anglaise. Sans le tamisage de tous ces chiffres, on saute vite aux conclusions. » 

 

Il se trouve qu’il y a eu une importante réforme des programmes scolaires au Québec (primaire et secondaire – CE jusqu’au Collège, l’équivalent en France) qui s’est échelonnée sur presque 10 ans (2000-2010) et qui a impacté fortement sur ce secteur, et par ricochet les résultats globaux de l’industrie. Le marché scolaire est en déclin depuis.

 

Et de poursuivre : « Du côté des marchés de vente au détail, soit ceux de la librairie, des grandes chaînes et de la grande diffusion, le portrait est quelque peu différent et, selon nous, plus nuancé. Si on remarque un tassement des ventes en GD depuis deux ans, il en va tout autrement dans le marché desservi par la librairie indépendante. »

 

Depuis 5 ans, le service de BTLF a fait une plus grande place à ce segment, et en retient les points suivants :

 

• après une période de recul des ventes (2012-14 : -5,0 %), les deux dernières années ont affiché une belle embellie : +3,3 % en 2015 et +4,9 % en 2016. Qui plus est, nos résultats à date (fin avril 2017) montrent une hausse significative de +6,8 % comparé à la même période l’an dernier.

• Il faut noter toutefois que nous n’avons pas de grandes chaînes dans notre panel de participants, Renaud-Bray/Archambault refusant de nous remettre ses chiffres de ventes à la caisse.


Christian Reeves conclut : « Le Plan d’action sur le livre lancé en avril 2015 par le Ministère de la Culture et des Communications n’est sans doute pas étranger à ce phénomène haussier des ventes chez les indépendants agréés. Et comme le souligne l’OCCQ, “les librairies indépendantes obtiennent encore la plus grande part du gâteau”, on peut penser que le marché (hors scolaire) se portera bien encore un moment. »

 

Et le numérique ?

 

Pour Richard Prieur, « les données sont à prendre avec beaucoup de précautions, car la cueillette de l’Observatoire n’est que très partielle et elle le sait. Par exemple, elle n’a pas accès aux données des GAFA ou du moins de Apple, Amazon, Kobo, Google… Par ailleurs, le plafonnement du numérique est observable presque partout sur la planète. Donc rien d’étonnant là ».

 

Difficile, en l’absence de portail permettant de mesurer clairement les ventes numériques des majors, de tirer des conclusions sur la pénétration de l’ebook de langue anglaise sur le marché francophone. 

 

« Et là, il y a un enjeu culturel », poursuit-il. « Peut-être – ce n’est qu’une supposition – découvrira-t-on un jour, lorsqu’on obtiendra un portrait complet, qu’il y a glissement des lecteurs francophones vers le livre numérique de langue anglaise, moins coûteux et plus facile à retracer sur le web, avec une meilleure découvrabilité. »