50 Shades of Grey : "atroce", "pas sexy"

- 19.06.2013

Edition - International - EL James - critiques - érotique


L'humiliation pourrait faire partie de l'initiation sexuelle. Mais lorsque les critiques viennent de la romancière anglaise à succès Barbara Taylor Bradford, la discipline à coup de cravache devient douloureuse. « Même pas sexy », « atrocement mal écrit », la dame aux 28 romans étrille le phénomène Grey. Mais du haut de ses 80 ans et quelques 90 millions d'exemplaires vendus depuis 1979, on aurait tendance à écouter la vénérable auteure.

 


Visuel du site officiel de l'auteure pour son dernier titre Secret from the Past

 

Dans un entretien accordé au magazine télé britannique Radio Times, la lady donne de la voix et de la main pour moquer la trilogie d'EL James : « Quand le personnage féminin se fait fouetter le derrière, c'est la fin du [premier] livre, hormis sa phrase : ''la vache'' ! », raille-t-elle entre deux miaulements de plaisir feint et le mime d'une bonne fessée. Plus sérieuse, elle estime que Christian Grey représente « le pire cauchemar de toutes les femmes ». Et n'a pour lui que sa richesse.

 

L'argument d'autorité ne permet pas tout à fait la comparaison. Dans sa production littéraire, Bradford fait souvent intervenir de jeunes femmes qui pour accéder aux sommets professionnels ont le sens du sacrifice. Souvent, les demoiselles trouvent sur leur chemin un Pygmalion qui les propulse au sommet, quand il ne s'agit pas de décrire les rapports sentimentaux entre les cougars et leurs amants d'un soir. Mais sans aller jusqu'aux jeux de dominations ou l'amour avec grand écart d'âge.

 

Pour l'instant, la vieille dame tient encore la dragée haute à EL James en termes de ventes – 90 millions contre 70 pour James. Et rien ne laisse supposer que le prochain roman de l'auteure de la trilogie rencontrera le même succès. Cette fois, James vise la romance dépourvue de scènes coquines. Sans le sel de la sensualité, même mal écrite, le prochain James trouvera-t-il quelque indulgence aux yeux de Bradford ? A moins de crier grâce, sans chaînes ni baillons.