5000 € d'amendes réclamés pour l'auteur du pamphlet Abruti de fonctionnaire

Cécile Mazin - 25.02.2016

Edition - Justice - abruti fonctionnaire - amende tribunal - Pontault Combault


Depuis juillet 2015, Jérôme Morin semblait tiré d’affaire : auteur d’un pamphlet intitulé Abruti de fonctionnaire, réédité en 2014 en On ne réveille pas un fonctionnaire qui dort. Son exclusion temporaire de la mairie de Pontault-Combault avait été annulée par le tribunal. Mais la suite des péripéties judiciaires ne semble pas avoir pris totalement fin. 

 

 

 

À Medun, le tribunal correctionnel examinait une plainte pour diffamation publique, déposée par la mairie. Si le rendu du jugement est reporté au 6 avril, la peine encourue est de 5000 € d’amende. 

 

Originellement, la plainte avait débouché sur un non-lieu prononcé par le juge d’instruction de Melun. Cependant, la mairie voyait dans le pamphlet originel « une attaque ouverte contre la ville et sa politique, une description médisante d’élus, car il est injurieux envers ses supérieurs et ses collègues ». La diffamation allait donc de soi. 

 

Ancien chef de cabinet, Jérôme Morin s’en était défendu : il ne souhaitait pas autre chose que parler « sur un ton humoristique [... de] plusieurs années de harcèlement moral qui se sont finies par une mise au placard ». Et son avocat d’ajouter à l’époque : « Mon client n’a jamais souhaité mettre en cause nommément des agents de la commune. Son ouvrage est plus une satire qu’un propos diffamatoire. »

 

Cette fois, Me Delphine Krust a souligné de nouveau que la situation endurée par son client devenait insupportable : le harcèlement moral dont il se disait victime nécessitait de trouver un exutoire. D’ailleurs, le livre originel avait été publié sous pseudonyme, Henri Rouant-Pleuret. « D’autres communes auraient pu se reconnaître, puisqu’elles fonctionnent toutes de la même façon. Cet ouvrage pointe des dysfonctionnements. Il porte un débat d’intérêt général. Il convient donc de protéger la personne qui porte ce débat », a-t-elle plaidé. (via Le Parisien)

 

Une défense qui ne convient pas aux plaignants : maintenant que l’ouvrage a été médiatisé, repris par un éditeur, la mairie de la ville est susceptible de faire l’objet de railleries multiples. « Ce livre n’apporte rien ni à la mairie, ni à son organisation, ni aux citoyens », a considéré la procureure, avant de réclamer 5000 € d’amende. 

 

Abruti de fonctionnaire, c’est un titre-choc, qui depuis novembre 2011 circulait sous le sceau du secret. Jérôme Morin, son auteur, avait fait l’objet de plusieurs manifestations de harcèlement moral, deux années durant. Un peu trop pour accepter et tolérer. Ses premiers écrits, alors, ne servaient que d’échappatoire, sans réellement intention de les publier, se souvient-il. Mais quelque mois plus tard, c’est le trop-plein. 

 

Tout avait été réécrit pour ne citer officiellement personne, et s’assurer de ne pas entrer en violation de son poste et du devoir de réserve qui le lie à l’administration. Même son pseudonyme, tout droit sorti du XIXe siècle, Henri Rouant-Pleuret, semblait hors d’âge et d’atteinte. 

De ce texte écrit originellement pour évacuer les pressions, le stress et les humiliations, est né un livre, qui désormais le contraint à assumer ses pensées secrètes. Et même les violences de ses collègues, alors qu'un confrère, qui a cru se retrouver dans un des personnages du livre, va l'agresser. Définitivement, ce qui était une psychanalyse à moindre coût, va devenir une pénitence au long cours.