À 16 ans, il postule à l'Académie française pour désacraliser “ce musée des mots”

Nicolas Gary - 10.01.2018

Edition - Société - académie française candidature - académie française conservatrice - candidat académie adolescent


Il a seize ans et revendique une authentique passion pour la littérature et les lettres. Jean Martin a décidé d’adresser une lettre à l’Académie française, briguant ainsi le siège d’Alain Decaux, décédé le 27 mars 2016 – et vacant, officiellement, depuis le 14 décembre 2017. Et sa lettre ne manque pas de piquant...


France-000510B - The French Institute
Dennis Jarvis, CC BY SA 2.0
 

 

Jean Martin parle d’un « petit projet », assurément irrévérencieux – et un brin iconoclaste. « Je suis tombé sur un article de mars 2016, publié dans BibliObs, faisant état de candidatures farfelues à l’Académie française. » Comme cette dernière ne peut refuser une quelconque candidature, « on aboutit à ce que postulent les personnalités les plus fantasques », souligne l’adolescent. 

 

« Sauf que, même dans cette originalité, leurs lettres restent extrêmement traditionnelles : en réalité, les candidatures n’ont finalement rien de très original, ce sont les personnalités qui le sont. À chaque élection, ce sont plutôt les personnes qui s’avèrent excentriques. » 

 

Et voici qu’il s’attelle lui-même à rédiger sa propre lettre de candidature. « Au départ, j’en ai parlé avec mon frère, que cela a fait rire, puis avec mes parents, qui m’ont finalement encouragé : à ce moment, l’idée d’envoyer la lettre n’était pas encore aboutie. Et puis, finalement, pourquoi pas ? » Le courrier, reproduit en fin d’article respecte le règlement de l’Académie, à quelques détails près.

 

« Pour électriser cette académie, pour (dé)montrer cette absurde logique du “tous candidats” et pour interroger la place du moderne (au travers, entre autres, d’un vocabulaire argotique et contemporain), j’ai décidé de me présenter à l’Académie française (pour le siège vacant F9) en me moquant d’elle, de ses codes, de la situation actuelle, de son classicisme », précise-t-il à ActuaLitté. 

 

« Sur la forme, j’ai (ab)usé d’un langage contemporain et anglicisé ; et sur le fond, j’ai détourné les codes de la candidature, en me moquant de ce système, en inventant des prétextes ridicules... en ne voulant pas convaincre les académiciens, mais les provoquer). » Cependant, les détails sont authentiques – âge, situation, le chien, les goûts littéraires et musicaux. « Le pseudonyme et les illustrations sont là pour appuyer le second degré de mon propos – et pour renforcer le ridicule de cette candidature. » 

 

Jean Martin n’est pas le plus jeune candidat à tenter sa chance : en 2013, Arthur Pauly, âgé de 15 ans, se lançait, « mais avec une lettre très classique. Personnellement, je vois plutôt l’Académie comme un musée des mots, et non plus une vision vivante de la langue française. D’ailleurs, elle a tendance à se refermer sur elle-même et sur ses (conservatrices) habitudes ». 

 

Derrière la blague potache, une certaine prise de conscience, donc. « Je leur fais également parvenir une traduction de la lettre, au cas où ils ne comprendraient pas ce que j’ai écrit », s’amuse le jeune candidat. « Mais s’ils venaient à m’élire, je serai assez embarrassé : d’abord, il y a un coût pour le costume et l’épée. Et dans les faits, j’ignore même si j’en serai honoré : l’Académie représente quelque chose qui s’éloigne de plus en plus de la réalité. »

 

La réalité, actuellement, c’est la polémique autour des pamphlets de Céline, actualité que l’aspirant académicien a suivie. « J’ai du mal à comprendre pourquoi l’on souhaiterait interdire ces textes : dans le fond, ce sont des témoignages historiques d’une époque. Céline m’a beaucoup marqué dans mes lectures. Je vois bien que les opposants à ces œuvres s’indignent, mais les pamphlets existent, et ont une place dans notre héritage culturel. Ils doivent simplement être bien contextualisés. »

 

La lettre à l’Académie française est à retrouver ci-dessous.

 

 

 




Commentaires
A ce jour (18 février 2018), l'Académie française n'a pas annoncé sur son site (et, partant, n'a pas validé) la candidature en cause. Et je pense que c'est tant mieux ! Doit-elle en effet entrer dans le jeu d'une telle provocation ? Doit-elle même simplement estimer qu'elle est valablement saisie ?

Cela me rappelle l'attitude qui fut celle du Conseil d'Etat, lorsqu'il a été assailli de plusieurs dizaines de requêtes abusives émanant d'un même requérant, résidant en Polynésie française, faisant preuve d'une particulière quérulence. Estimant que les bornes étaient franchies, un juge des référés considéra que ces requêtes étaient mues par le seul désir de tester l'étendue de la patience des juges administratifs, ce qui ne constitue pas l'une des causes justifiant des actions contentieuses ; dès lors, les requêtes furent rejetées sans instruction préalable... CQFD ?

Alain Meyet (Paris)
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