Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

À Calcutta, un libraire sur scooter se prend pour Amazon

Bouder Robin - 06.05.2017

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Tous les jours, Tarun Kumar Shaw parcourt les rues de Calcutta sur son scooter, pour délivrer des commandes particulières à ses clients : des livres, de toutes sortes et d'horizons différents, parfois rares. Alors que les librairies s'éteignent en Inde, le marché de Shaw est de plus en plus indispensable. Mais quelle est donc l'histoire de cet homme qui vit de sa passion depuis 30 ans ?


Calcutta Streets, India 12 001

Phil Parsons (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Tarun Kumar Shaw, dit Tarun-da, est à lui seul l'Amazon du coin. Le libraire a monté un véritable service de livraison à domicile. À bord de son fidèle scooter, il trouve et vend des livres aux habitants de Calcutta en mains propres.

« J'ai toujours aimé parler de livres avec les gens. Et une fois que j'ai passé un peu de temps avec quelqu'un, je sais exactement ce qu'il ou elle aime lire. À notre prochaine rencontre, je lui propose une dizaine de livres parmi lesquels, je vous le garantis, le client en aimera au moins un. »

 

Depuis plus de 30 ans maintenant, Shaw gère sa petite affaire et parcourt les moindres recoins de Calcutta pour ses clients – y compris, et surtout, les endroits reclus auxquels Amazon ne peut pas accéder.

C'est lorsque son père, libraire chez Dey and Brothers, ferme boutique que les Shaw réalisent deux choses : les librairies seront amenées à disparaître, tandis que les lecteurs auront toujours soif de lecture. Père et fils commencent alors à faire du porte-à-porte pour vendre leurs livres.

« Notre valeur ajoutée, c'était de pouvoir livrer des journaux et revues importés en l'espace de quelques jours, si ce n'est quelques heures », explique Tarun Shaw.

 

Beaucoup ont tenté de les imiter, mais peine perdue : l'entreprise des Shaw – à laquelle s'est joint le frère aîné de Tarun – avait déjà la mainmise sur ce marché. Ayant noué des liens avec de grands éditeurs ou groupes, Shaw a depuis longtemps établi un lien de confiance avec ses clients. Il est capable de livrer tout et n'importe quoi.

« J'aime les défis, confie-t-il au magazine Scroll.in. Même quand les Versets sataniques ont été interdits, je m'en suis procuré plusieurs exemplaires ; ça a pris du temps, mais j'ai réussi », assure-t-il.

 

Les services de Shaw se révèlent indispensables alors que le secteur des librairies n'est pas florissant en Inde ; mais le livreur refuse de rejeter la faute sur internet. « C'est notre faute. Il y a eu une génération qui a abandonné la lecture, mais les jeunes s'y remettent à présent. Kindle n'aurait aucune influence là-dessus. Mais nous n'avons pas été capables d'éditer un seul écrivain d'influence au-delà de Sunil Gangopadhyay. Pourquoi est-ce que Paulo Coelho ou Jeffrey Archer n'arrivent pas à éditer de best-sellers ? »

 

Aujourd'hui, le fils de Shaw l'aide à prendre contact avec des éditeurs du monde entier, pour « étendre les affaires ». Néanmoins, ni lui ni ses neveux n'ont envie de reprendre les rênes.

« Tout le business marchait sur un principe de confiance, de familiarité. Les gens connaissent mon visage et je me suis impliqué tous les jours pendant 30 ans. Nous avions deux personnes qui s'occupaient de livrer les journaux et magazines, mais jamais les livres. C'est quelque chose de spécial. Il fallait que ce soit moi qui les délivre aux clients. Et ça finira avec moi. »

Via Scroll.in