À Harlem, aux États-Unis, coiffure rime avec littérature

Joséphine Leroy - 04.03.2016

Edition - International - Etats-Unis lecture - barbershop books - éducation social discrimination


Aux États-Unis, à Harlem, New York, un ancien instituteur de primaire aurait trouvé une bonne idée pour faire lire les jeunes. Alvin Irby a créé, en 2013, le Barbershop Books, en partenariat avec des salons de coiffure du quartier. Par cette initiative, il incite les très jeunes, qui s'y rendent assidument, à lire. Là-bas, pas de magazine, mais des livres, pendant que les parents ou amis se font couper les cheveux. L'expérience a été, depuis, reproduite dans d'autres quartiers en difficulté. 

 

barbershop

(photo d'illustration, Clemson, CC BY 2.0)

 

 

Le quartier de Harlem, tristement connu pour être miné par la pauvreté et par une discrimination vis-à-vis de la communauté noire depuis des années, souffre spécifiquement d'une inégalité dans le domaine de l'éducation. Une étude de l'US Departement of Education Nation's Report Card résume ces liens : plus de 85 % des petits garçons afro-américains en classe de CM1 ont des difficultés à lire. Cette étude date de 2013.

 

La même année, Alvin Irby installe son projet, le Barbershop Books. Il a alors pensé aux salons de coiffure comme point de convergence entre les différentes classes sociales. Son projet, principalement à destination des enfants âgés de 4 à 8 ans, a intéressé les coiffeurs du quartier. Dans l'espace qui sépare l'enfant de l'école, le barbershop pourrait être un outil de reconnexion. 

 

Les chiffres sont éloquents : selon l’U.S. Departement of Education, moins de 2 % des enseignants de Harlem sont noirs. Pour Irby, le fait que les élèves noirs ne voient pas ou peu d'enseignants noirs dans le cercle pédagogique explique leur enclin à démissionner de l'école.

 

D'où une inégalité durable. Irby illustre : « Des PDG fréquentent les mêmes salons de coiffure que les personnes visées par le projet. Cela crée une opportunité unique ». Et les statistiques de l'US Departement of Education sont formelles : les étudiants qui lisent une à deux fois par mois un livre réussissent plus facilement à l'école. En se rendant chez le coiffeur, les enfants liront bien davantage. 

 

Irby a financé son projet par les plateformes participatives et par des dons obtenus grâce à des associations. En 2015, il a reçu un prix, l'Alumni Service Award, attribué par son ancienne université, le Grinell College.

 

Désormais, beaucoup de salons de coiffure majoritairement fréquentés par la communauté noire suivent ce chemin, en Californie, dans le salon Royal Touch Barbershop ou encore en Géorgie, dans l'Overflow Barbershop

 

L'expérience, au départ locale, tend à être reproduite dans de nombreux autres quartiers. Le Barbershop Books s'est ainsi développé à Brooklyn. On énumère 11 partenariats en tout. Irby prévoit de le faire aussi à Détroit, autre lieu symptomatique de l'inégalité qui ronge certaines parties des États-Unis. On compte également des initiatives similaires en Floride, ou dans l'Iowa.

 

Sur le site officiel de Barbershop Books, des sondages sont organisés, comme si les enfants étaient membres de comités de lecture. David Goes To School, de David Shannon, y rencontre un franc succès.

 

(via CNN