À Jakarta, des bénévoles installent une bibliothèque sous l'autoroute

Maxim Simonienko - 25.03.2019

Edition - International - bibliothèque jakarta autoroute - pénurie bibliothèque indonésie - gangs jakarta histoire


Oubliez les pancartes « Silence, s'il vous plaît » de certains établissements. La bibliothèque indonésienne Taman Baca Masyarakat Kolong a décidé, contre toute attente, de s'installer sous un pont de Jakarta. Rugissements des moteurs, klaxons à tout-va, bouchons... Malgré le bruit ambiant, rien n'empêche les enfants de venir fréquenter ce lieu de lecture improbable.

Bibliothèque Taman Baca Masyarakat Kolong (via Facebook)


Niché en-dessous d'une voie de circulation, le petit parc-bibliothèque se situe à seulement quelques kilomètres de la capitale indonésienne et de ses 30 millions d'habitants. Malgré le brouaha au-dessus de leurs têtes, les bibliothécaires du Taman Baca Masyarakat Kolong ont réussi à rassembler un petit groupe de lecteurs quotidiens.

« Nous voulions rapprocher les livres de la communauté », a expliqué à l'AFP Devina Febrianti, la coordinatrice de la bibliothèque. Afin de rendre l'emplacement le plus accueillant et jovial possible, des artistes sont venus aider bénévolement les gérants de la bibliothèque. Les peintures murales, les bacs à fleurs, le petit terrain de futsal, les étagères... C'est grâce à leur travail acharné qu'ils existent.
 

Des débuts difficiles


« Au début, tout le monde ne nous a pas soutenus lorsque nous sommes venus avec des livres, car il y avait déjà d'autres résidents ici », a poursuivi la coordinatrice. En effet, lors de son ouverture en 2016, l'idée de cette bibliothèque a été mal accueillie par certaines personnes malintentionnées. Depuis plusieurs années, la banlieue de Ciputat est menacée par des premans.

Selon Loren Ryter et son ouvrage Pemuda Pancasila: The Last loyalist Free Men of Suharto's Order, un preman est un membre d'un gang indonésien organisé, englobant des criminels de la rue par le biais de patrons du crime. Ils sont souvent perçus négativement dans la société indonésienne à cause de leur passé violent et criminel. Cependant, le crime organisé en Indonésie a une histoire bien plus ancienne et complexe : leur origine remonterait au Royaume de Medang.

Néanmoins, comme le précise Robert Cribb dans son livre : Gangsters and Revolutionaries: The Jakarta People's Militia and the Indonesian Revolution 1945-1949, les syndicats du crime indonésiens ont aussi parfois agi en tant que personnes chargées de faire respecter la loi pour maintenir l’autorité et l’ordre, notamment pour l'indépendance du pays lors de la décolonisation. Malgré leurs efforts, ils restent marginalisés en raison de leurs méthodes violentes et leur illégitimité sociale.

De leur côté, les parents n'osaient pas non plus envoyer leurs enfants. Ils s'inquiétaient pour leur sécurité et avaient peur qu'ils soient kidnappés, agressés ou encore renversés par une voiture.

« Nous avons d'abord demandé pardon aux gangsters qui étaient ici, puis aux chauffeurs des angkots », a ajouté Devina Febrianti, en précisant qu'un angkot était une mini-fourgonnette bon marché qui assurait les transports en commun.

Après de nombreuses négociations, les gangs ont laissé tranquille la petite bibliothèque. La coordinatrice du coin de lecture a vu jusqu'à 70 enfants se précipiter sous le pont pour attraper un livre. Une ambiance d'entraide s'est installée dans ce petit monde : on lit des histoires avec les enseignants, on fait ses devoirs à plusieurs, on chante, on danse... De quoi oublier un instant le capharnaüm au-dessus de leurs petites têtes.
 

Des «Taman Bacaan » pour combler la pénurie de bibliothèques


«Cela me rend heureuse et c'est excitant », a déclaré Emilia Clara, une élève de 11 ans. Un avis partagé par Salmih Usia, une maman, qui a qualifié l'endroit de « formidable » et idéal pour « apprendre, créer et jouer ».

Les jardins de lecture gratuits existent sous diverses formes en Indonésie, et depuis plusieurs décennies. En cause, une grande pénurie de bibliothèques publiques aux alentours de la capitale. Ces lieux, appelés «Taman Bacaan » en indonésien, demeurent les seuls endroits où les enfants peuvent savourer un moment de lecture. L'initiative et les créations de ces parcs-bibliothèques sont gérées et encouragées par des ONG des secteurs public et privé.

Selon Devina Febrianti, 80 petites bibliothèques comme la sienne ont été créées dans cette partie de la capitale. Néanmoins, malgré leurs bonnes intentions, les bénévoles de la bibliothèque craignent qu'à l'avenir les enfants soient exposés à des problèmes de santé, en raison des émissions de CO2 et de ses conséquences sur la qualité de l'air.
« Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de plaintes concernant les odeurs, les déchets ou les bruits forts. Nous utilisons un système de sonorisation, ce qui nous est très utile pour surmonter le problème », a-t-elle précisé.

via The Jakarta Post.


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