À La Grande Librairie, la sélection se fait en fonction des “coups de coeur”

Antoine Oury - 15.04.2019

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Une pétition mise en ligne il y a quelques semaines demande un peu plus de diversité dans la sélection des livres mis en avant dans l'émission hebdomadaire de François Busnel et son équipe, La Grande Librairie, diffusée sur France 5. Livres et invités, assure la pétition, sont trop souvent issus de maisons d'édition appartenant à des groupes éditoriaux.

François Busnel, animateur de La Grande Librairie


La pétition mise en ligne il y a quelques semaines évoque les auteurs invités par La Grande Librairie : « Je suis un téléspectateur qui regarde depuis longtemps et très souvent l'émission La Grande Librairie qui passe le mercredi soir à 20h50 sur France 5 et je remarque qu'elle invite les auteurs des grandes maisons d'édition et très rarement des moyennes et petites maisons d'édition », indique Éric Dubois, à l'origine de l'initiative.

Pour en avoir le cœur net, nous avions repris dans un précédent article la liste de tous les invités de La Grande Librairie, en nous appuyant sur les programmes envoyés par France 5, pour établir un relevé des auteurs et de leurs maisons d'édition.

Et les chiffres semblent effectivement aller dans le sens de l'analyse proposée par la pétition : entre le 9 janvier et le 3 avril 2019, les groupes éditoriaux rassemblent 48 invités sur 56, soit 85 % des invités, contre 8 invités dont les livres sont issus de 7 maisons d'édition indépendantes (dont une coédition).

Comme nous l'avions précédemment souligné, les statistiques ne doivent pas non plus tordre le bras à la réalité : si La Grande Librairie invite au moins un auteur « célèbre » par émission, c'est d'abord pour pouvoir rivaliser avec les programmes des autres chaines et attirer l'audience. Et il faut reconnaitre à François Busnel et à son équipe la capacité de toujours accompagner la venue d'un auteur « célèbre » par celle d'un confrère ou d'une consœur moins connue.

Et la prédominance des groupes d'édition comme Madrigall, Hachette, Média-Participations, Editis ou encore Albin Michel peut aussi s'expliquer, de son côté, par l'intense concentration dont est victime l'édition française.

La publication de notre article a suscité beaucoup de commentaires, certains défendant une émission parmi les dernières à porter sur la littérature dans le paysage audiovisuel français quand d'autres se plaignent de l'absence de variété parmi les invités ou parmi les genres littéraires abordés. Depuis plusieurs années, l'émission essuie en effet des critiques quant à la représentation de la littérature jeunesse, de la bande dessinée ou encore de la poésie.
 
Contactée, Fabienne Abbou, Chargée de la médiation des programmes de France Télévisions, nous précise que « François Busnel et son équipe lisent eux-mêmes les livres qui sont édités et font leur sélection en fonction de leurs coups de cœur, de l’équilibre des invités, de la correspondance du thème du livre par rapport à la thématique de l’émission ».

L'équipe de l'émission a été informée de la pétition et de nos questions sur la programmation.


Commentaires
BONJOUR,

retraitée de 76 ans, j'ai écrit 2 romans publiés respectivement aux éditions: les 3 colonne et St Honoré et souhaiterais être reçue par françois Brunel .sur la chaîne F5.

Utopie ? rêve ? oui, j'ai gardé une âme d'enfant....

Ou puis je envoyer un exemplaire de mes écrits ? Merci de me répondre.
Quel bonheur, pour un " provincial" d'accéder, grâce à l'émission La Grande Librairie, à l'édition de livres actuels, à l'histoire de leurs auteurs, à leurs habitudes de travail, à leur intimité...

Les frustrés, les mécontents, les critiques et pétitionnaires feraient mieux de créer leur propre émission.

La Grande Librairie n'est pas une émission pour vieillards : j'ai 30 ans et grâce à François Busnel, à son dynamisme, à son humour et à la sélection des thèmes choisis j'ai pu connaître des écrivains passionnés qui suscitent lors de leurs explications le désir d'acheter leur livre.

Merci Monsieur BUSNEL pour la gaité et le bonheur que vous apportez pendant vos émissions, ne changez rien,et méprisez vos détracteurs.
Monsieur Clerc, si je comprends bien, cette émission est géniale parce que vous la regardez?

Est-ce une raison suffisante?

Suffisante aussi pour insulter les autres?

Suffisante pour appeler au mépris?

Sachez que la littérature peut aussi générer une ouverture d'esprit, une acceptation de l'autre et de ses idées.
Ce qui est opposé me semble-t-il, c'est que la littérature doit troubler le lecteur, faire bouger les lignes, que c'est sa nature profonde de produire cet effet, son ADN. Et là, en l’occurrence on s’aperçoit que c'est l'inverse, que c'est confortable, sans risque, bref que c'est autre chose que de la littérature, que c'est une discussion entre gens biens sous tous rapports. C'est trop confortable, mou, convenu, correct, propre sur soi, convenable. C'est pour ça que ça dissone. Mais Pivot était pareil, l'édition est pareille, bourgeoise, entendue, sans risque. Bref c'est un peu chiant tout ça. Si on s'aperçoit pas de cette dérive, on s'aperçoit pas que ça ruine la littérature. Combien d'émissions consacrée aux sachants, aux sages, aux experts. L'écrivain n'est pas expert, c'est un homme qui penche. Et le lecteur aime ça les hommes qui penche, ça lui rappelle quelque chose. Bref la littérature c'est la nostalgie.
La Grande Librairie est une émission très intéressante. François Busnel présente parfaitement bien les livres et leurs auteurs. Il sélectionne ses invités après avoir lu leurs oeuvres. Il est libre dans ses choix. Il y a peu d'émissions de ce niveau à la télévision. Je suis une fidèle téléspectatrice depuis la création de La Grande Librairie, et j'a eu le plaisir d 'être dans le public plusieurs fois : un bonheur. Merci à vous, Monsieur Busnel, grâce à vous, la lecture progresse.
Ben on fait rien, et quand l'édition s'écroule sous l'invraisemblable poids de sa sur production insipide, on est tout hébété et on comprend pas bien pourquoi nos gosses ne savent plus parler et pensent tous la même chose. L'art et la littérature verticalisent/redressent l'homme, le nourrissent. La littérature est résistance. C'est une question de conscience. Pourquoi d'après vous n'y-a-t'il qu'une seule émission en prime time sur le sujet et cinquante sur la bouffe ou la télé réalité...
Ce qu'il a avec la GL, c'est qu'on a l'impression d'être coincé entre un rayon de Cultura sur la résilience et le développement personnel et un rayon de la FNAC des années 80 sur la littérature germano gratine pur jus avec une pincée d'épices de roman étranger (américain de préférence). Bref on assiste à la mort du p'tit cheval en direct chaque semaine. On balance son auteur américain "génial" qu'on inscrit dans une émission autour de trois amis maîtres de la sagesse (plus chiants les uns que les autres). C'est juste une émission pour retraités, une poignée de jeunes bobos intellos parisiens, et le tout venant des badauds des grandes surfaces dont je suis. Le livre meure de tout ça. Du manque de talent, du manque de courage, de l'avidité des grands groupes, de la baronnite aigue des gens de télé, de toute cette soupe rance dont personne ne veut, mais qui fait quand même son audience vu que y'a rien d'autre à se foutre sous la dent. Triste époque. La GL est à l'image du secteur de l'édition : Elle se prostitue pour tenter de survivre. Mais c'est une vieille prostituées qui fait pitié et n'attire plus le désir à elle. Sa dérive vers le rayon d'une grande surface est mortelle. Le piano, la starification, et ces pauvres librairies résistantes du fin fond du pays qui font pitié. Tout ça est triste et sans goût.
Si « François Busnel et son équipe lisent eux-mêmes les livres », encore faut-il qu’ils ne les sélectionnent pas avant. Mon attaché de presse a envoyé un livre avec recommandation circonstanciée sur le fond et la forme, mais mon roman, Un goût de terre dans la bouche, n’a pas été ouvert, et je suis loin d’être un cas isolé. Il en reçoit des dizaines, des centaines, certes, je ne suis pas niais, mais il suffit de lire la programmation pour comprendre.

Madrigal et consorts, une concentration de l’édition, justement, c’est l’occasion de montrer au plus grand nombre qu’il existe une vraie diversité littéraire chez les indépendants.

Il est vrai qu’un « tête de gondole » attire la foule, les Salons du livre en sont la caricature, mais je me souviens des propos de F. Busnel en 2008, au lancement de la LGL : « Chaque jeudi, François Busnel propose et présente la nouvelle émission littéraire de France 5 La Grande Librairie. En public et en direct, c’est toute l’actualité littéraire qui est au rendez-vous de ce magazine. En plateau, quatre écrivains, français ou étrangers, des plus médiatiques aux plus méconnus, seront présents afin de partager leur passion du livre. »

Quelle place les « plus méconnus » ont-ils eue ?

C’est en entretenant l’aspect people et meilleures ventes dans une émission telle que la LGL que le public se lasse et s’appauvrit. M. Busnel aurait eu plus de panache en sortant des autoroutes commerciales du livre, sa parole aurait bien plus de portée littéraire s’il avait fait ce qu’il avait promis, faire découvrir les pépites que recelent les « plus méconnus », mais il a choisi la portée commerciale et financière.

Il rejoint la kyrielle d’animateurs de divertissement qui se pavanent devant des têtes connues pour prendre de l’importance… de quelle notoriété souhaitons jouir, chacun sa réponse et son ambition…
C'est un mauvais procès qui est fait à la Grande Librairie, une des seules émissions qui promeut la littérature. Il est faux de dire que les auteurs inconnus ne sont jamais invités, l'excellent Joseph Ponthus des éditions de La Table Ronde en étant un beau contre-exemple récent.

Plutôt que de taper sur ceux qui défendent déjà la littérature, pourquoi ne pas s'attaquer à ceux qui ne le font pas du tout ? Faites plutôt une pétition pour que Hanouna invite les auteurs des petites maisons d'édition dans son émission par exemple !
J’ai principalement souligné le manque de respect de l’annonce faite au démarrage. Le Bateau livre arrivait bien à ouvrir ses micros à des auteurs peu connus, issus de petites maisons. Et ce n’est pas parce qu’il y a peu d’émissions qu’on n’a pas le droit de dire ce que de plus en plus de monde pense.



Tant mieux pour Ponthus, comme il y a eu André Bucher (Le Mot et le reste, qui est vraiment indépendante). Mais nous sommes là dans les exceptions qui confirment la règle.

Concernant La Table ronde, on est loin de la petite structure puisque, d’après ce qu’on peut lire sur Wikipedia :

« En 1975, Gallimard, qui ne parvenait pas à prendre le contrôle de cette maison, revend ses parts à Gwenn-Aël Bolloré […] Dans les années 1980, c’est la maison Grasset qui prend la majorité des parts. Via son oncle, Gwenn-Aël Bolloré, Vincent Bolloré devient l’actionnaire majoritaire et injecte des capitaux, puis il revend ses parts à Alain Lefebvre en 1992. »

Nous sommes donc dans le schéma financier et la force de frappe commerciale, donc la porte ouverte dans les médias influents.



Quant à Hanouna, quel écrivain qui se respecte voudrait aller chez lui ?

J’ai refusé d’aller chez Ardisson dans la rubrique « l’invité du 20 h » où l’animateur se concentrait sur la facette la plus pathos possible en déformant les propos et en ignorant livre. 5 ans après, ils appellent la maison d'édition pour savoir s'il n'y a pas un sujet bien gras à proposer…
Vous avez compris que j'étais volontairement provocateur en parlant d'Hanouna. Malgré tout, je pense que quitte à se battre et y mettre de l'énergie, autant mener un combat qui hisse haut la grande littérature auprès du grand public, beaucoup plus large que celui de LGL, plutôt que de se livrer une petite guéguerre entre amoureux de la littérature qui ne fera que les diviser et ne bénéficiera à personne.

Si mes chiffres sont bons, 492 ouvrages sont sortis à la rentrée 2019, succédant aux 567 parutions de l'automne 2018. Face à ce gigantesque raz-de-marée, forcément, l'équipe de LGL doit passer à côté de bons auteurs, et on ne peut leur en jeter la pierre. Tout le monde ne peut être invité, il y aura forcément beaucoup de déçus. Ils ne vont pas non plus appeler un auteur inconnu dont ils n'ont pas apprécié la lecture, juste parce qu'il est d'une petite maison d'édition.

La part des auteurs invités représentant des petites maisons d'édition n'est pas insignifiante, d'après un précédent article d'Actualitté, mais c'est vrai que les "gros" y sont très largement représentés. Personnellement, je serais heureux de découvrir plus d'auteurs non médiatisés dans cette émission, mais comme cela a déjà été dit, il faut comprendre qu'en dehors des fidèles purs et durs, l'audience repose sur une partie variable des téléspectateurs qui seront sensibles ou non aux têtes d'affiches. Pas de grands noms, moins de téléspectateurs, donc moins d'audience, ce qui impliquera l'arrêt de l'émission en prime-time, et au final c'est la littérature qui y perdra.

LGL fait ce qu'il faut pour survivre dans le monde impitoyable de la télé, et réussit malgré tout (!) à produire du contenu de qualité. Et en plus d'être obligés de jouer avec ces règles de la télévision, l'équipe de LGL doit faire face à cette polémique.

De l'énergie gâchée pour tout le monde, au final.
Malgré tous les fâcheux,je persiste et signe....La GL est un moment privilégié de la semaine où je découvre des auteurs jeunes et étonnants,de grands ecrivains francais ou étrangers que je suis avec plaisir.Des thématiques intéressantes servies par des auteurs variés et de tous horizons...Bravo François Busnel!

Quant "mécontents" qu'ils créent leur concept....Bonne chance....
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