À Madagascar, libraires et éditeurs se rencontrent : “Professionnaliser les métiers”

Nicolas Gary - 07.06.2017

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Ce 6 juin étaient réunis éditeurs et libraires malgaches autour de la thématique « La chaîne du livre et ses équilibres économiques ». Une opportunité précieuse, pour les deux professions, de se rencontrer et d’échanger. En tout, 17 professionnels se sont retrouvés à l’Institut français de Madagascar, dans le cadre d’une journée organisée par l’Association internationale des libraires francophones.




 

Une partie très pédagogique a rappelé la notion de chaîne du livre, le rôle de chacun des métiers de cette chaîne, le cadre international, législatif ou interprofessionnel qui encadre la circulation du livre dans le monde et la thématique du prix (accords de Florence, protocole de Nairobi, Loi Lang en France). 

 

Ensuite est arrivé l’épineux sujet des conditions commerciales que les éditeurs accordent aux librairies dans le cadre de la chaîne locale du livre. Pour se finir par un certain nombre de pistes de travail pour les deux associations présentes, l'ALM, association des Libraires de Madagascar, et l'AEDIM, association des éditeurs de Madagascar. Une journée marquée par le franc-parler des uns et des autres, qui ont pu mettre un grand nombre de sujets en discussion. 

 

Les professionnels autour de la table


Pour Mialy Valisoa, éditeur et libraire (Tsipika) : « La résolution à prendre aujourd’hui, c’est de revoir à la hausse le prix des livres locaux. Cela apportera des avantages tant pour le libraire que l’éditeur. C’est un souffle financier pour les deux camps, tout en évitant d’être très éloigné des pratiques européennes. »

 


 

Un point qui permettrait de ne plus avoir à supporter la question des remises pratiquées, qui peuvent avantager l’un ou l’autre des acteurs. « Nous devons nous mettre d’accord sur les politiques à mettre en œuvre. » 

 

Dans le même temps, des progrès peuvent être faits en matière d’informations communiquées par les éditeurs aux libraires. « Il nous arrive de ne joindre les libraires qu’après la publication du livre », reconaît-on, des pratiques qui peuvent être améliorées. 

 

Les éditeurs peuvent manquer de professionnalisme, et c’est avec les confrères de l’AEdiM, Association des Éditeurs de Madagascar, que les discussions doivent démarrer. Il faudra d’abord structurer les pratiques, avant de revenir vers les libraires, pour trouver comment mieux travailler. 
 

Madagascar : “À force de dons, les gens pensent que le livre ne s'achète pas”


Voahirana Ramalanjaona, de la librairie café Mille Feuilles, présidente de l’ALM et administratrice de l’AILF, retient avant tout de cette journée la passion qui anime chacun, « et chacun défend ardemment ses intérêts. Cela va nous obliger à nous rencontrer de nouveau très bientôt ». Pour l’île, le devenir du livre passera par ces discussions, mais également au niveau de l’État. « Maintenant que nous sommes trois organisations, nous allons porter des questions de politiques du livre très prochainement, avec des projets concrets. »


 

Au cours de ces dernières années, la fermeture d’une grande librairie de l’île a porté un coup sévère. Cependant, d’autres s’ouvrent et évoluent dans leur offre et leurs actions. « L’équipement informatique de la population n’est pas incompatible avec la présence du livre auprès de nos concitoyens. »

 

Représentant des editions TPFLM, Rado Rabetafika rappelle que sa maison édite surtout religieux scolaire avec 400 ouvrages depuis sa création – 140 ans en 2017. « La rencontre entre libraires et éditeurs suscite le débat, et fait prendre conscience des réalités de chacun. »


 

En dépit des divergences, l’important « reste que nous avons les mêmes objectifs, qu’ils soient francophones ou locaux, nous éditeurs d’ici devons arriver à travailler plus avec les libraires pour mieux diffuser nos livres ». 

 

Jaona Razakasoa des éditions Mixte (également librairie) est président de l’association des Éditeurs de Madagascar. Il regrette que ces échanges n’aient pas lieu plus souvent. « Il est très important pour les éditeurs de savoir ce qu’attendent les libraires. Et dans le même temps, cela nous apporte des informations précieuses. »



 

Améliorer la situation de l’ensemble des éditeurs passera par cette professionnalisation. « Pas mal de choses sont encore à faire pour renforcer la démarche de chacun. » Autour de la chaîne du livre et des équilibres économiques, bien des choses doivent encore avancer.

En partenariat avec l'AILF


 

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